Fondation et travaux. Ouvriers BTP. Illustration.
Fondation et travaux. Ouvriers BTP. Illustration. - A. GELEBART / 20 MINUTES

L’initiative n’est pas nouvelle puisqu’une expérimentation identique est en cours depuis déjà quelques mois en Haute-Loire. Mais elle n’en reste pas moins insolite. La Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment du Rhône (Capeb) a annoncé ce mardi qu’elle ferait désormais appelle à une agence de détectives privés pour lutter contre les travailleurs détachés en situation illégale.

Les travailleurs détachés sont des salariés embauchés par une entreprise dans un état membre de l’Union européenne (la Pologne, le Portugal ou la Roumanie pour l’essentiel) et envoyés en mission en France. Une situation parfaitement légale, si l’employeur en question respecte les règles appliquées dans le pays d’accueil, en termes de salaires, d’horaires de travail, de sécurité. En 2014, 3.600 salariés détachés ont ainsi été déclarés dans le BTP à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte). Soit trois fois plus qu'il y a cinq ans.

7.500 travailleurs dans l'illégalité?

«Le travail détaché, on ne peut rien y faire. Par contre, nous devons lutter contre ceux qui trichent. Sinon, on court à la catastrophe», indique Sylvain Fornes, président de la Capeb du Rhône. Selon la confédération, de plus en plus de chantiers abriteraient des travailleurs détachés en situation illégale, dont le nombre, impossible à déterminer précisément, est estimé à 7.500 personnes.

«Dans le même temps, cette année dans le Rhône, 3.000 emplois devraient être supprimés dans le bâtiment», ajoute le président.

Des signalements anonymes

Pour lutter contre ce travail illégal, qui menace, selon la confédération, les PME respectueuses de la loi qui appliquent des tarifs plus élevés que des entreprises étrangères, la Capeb a décidé d’aider les autorités à agir. Désormais, toutes les sociétés soupçonnant des irrégularités sur un chantier pourront les dénoncer, de manière anonyme, sur le site de la confédération. Une agence de renseignement privée sera alors chargée de vérifier ces informations, en traquant sur le terrain les fraudes présumées. «Les signalements qui remontent le plus souvent concernent des ouvriers qui passent le week-end ou la nuit à travailler, des salariés qui dorment sur les chantiers, bossent 17 heures par jour», détaille Sylvain Fornes.

Si les soupçons se confirment, les renseignements seront transférés à la Direccte. Les informations transmises devraient en principe être plus fiables et plus nombreuses. «Depuis 2012, la Direccte n’a reçu qu’une dizaine de signalements. Si nous n’avons pas de signalements, c’est dur d’intervenir», indique Pascal Bodin, directeur de l’unité territoriale de la Direccte.

En 2014, sur les 400 entreprises contrôlées dans le Rhône (tous secteurs confondus), 190 procès-verbaux ont été dressés pour travail illégal. 10% de ces PV concernaient des travailleurs détachés en situation illégale, dans le BTP et le transport principalement.

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