Un saint homme ou un «électron libre» qui n'en fait qu'à sa tête? Le père Gérard Riffard, curé de Saint-Etienne, a été jugé en appel mercredi à Lyon. La justice lui reproche d'avoir hébergé pendant 239 jours des sans-abri (50 adultes et 15 enfants) dans une salle de la paroisse alors que la mairie et l'Etat le lui avaient interdit pour des raisons de sécurité.

A la barre, le petit homme voûté ne se démonte pas. «Vous seriez d'accord pour coucher sur le trottoir ce soir?, interroge-t-il d'une voix douce. Il y a une nécessité de mettre à l'abri des gens qui dorment dehors. Humainement, ça ne se discute pas.»

L'hébergement, un droit fondamental

En première instance, le prêtre avait été relaxé. Le tribunal avait estimé dans son jugement qu'il «avait fait ce que l'Etat aurait dû faire», rappelant que «le droit à l'hébergement est un droit fondamental».

«On a affirmé que les conditions d'hygiène et de sécurité n'étaient pas suffisantes, raconte l'ecclésiastique. J'ai fait tout ce que l'on m'a demandé. On a changé les détecteurs de fumée. On a rajouté des extincteurs supplémentaires. On a construit un endroit pour se laver. Mais à chaque fois, on m'a répondu que ce n'était pas suffisant».

«La rue peut tuer»

«On a cherché des infractions contre le Père Riffard, s'emporte Chantal Jullien, son avocate. On veut le présenter sous un jour qui n'est pas le sien. Au départ, on l'a accusé d'être complice de fabrication de faux documents. Il n'y a pas de discussion possible sur son honnêteté.»

Appelé à témoigner en faveur de l'accusé, Paul Bouchet, «90 ans passés», ex-bâtonnier de Lyon, ex-conseiller d'Etat et président d'ATD Quart-Monde, élève la voix . «La rue peut tuer. Aujourd'hui, il y a une insuffisance des réponses aux besoins croissants d'hébergement d'urgence. Le 115 ne satisfait pas la moitié des demandes.» Et de poursuivre d'une voix parfois éraillée mais déterminée : «Cet homme incarne la solidarité. Il ne faut pas en faire un coupable mais un exemple».

«L'enfer est pavé de bonnes intentions»

Un plaidoyer qui n'a guère convaincu l'avocat général. Décrivant un homme «éminemment respectable», Denis Vanbremmersch a requis à l'encontre de Gérard Riffard, une amende de 5 euros par jour d'hébergement. Soit dix fois moins qu'en première instance.

«Il n'est pas un délinquant mais un contrevenant. Il transgresse la loi en connaissance de cause», reproche le magistrat, qualifiant l'homme d'Eglise d' «électron libre». «L'enfer est pavé de bonnes intentions. Il faut aujourd'hui savoir se caler sur les règles sociales».

«Il faut que ce procès soit une chance de faire entendre la réalité et de se donner les moyens de changer les choses positivement», conclut le prêtre avant de quitter la salle d'audience. La décision sera rendue le 27 janvier.