La colère grandit dans la communauté musulmane contre le recteur de Lyon, Alain Morvan. Hier matin, une centaine de personnes se sont rassemblées devant le rectorat (7e) pour marquer leur soutien au projet de collège-lycée musulman Al-Kindi (Décines), dont l'ouverture a été refusée par Alain Morvan. « Recteur, de quoi as-tu peur ? », « Pourquoi nous priver d'une école privée ? », pouvait-on lire sur les banderoles tricolores et les pancartes brandies par les membres du comité de soutien d'Al-Kindi, au milieu desquels figuraient de nombreuses femmes voilées. Parmi elles, Maryam est venue soutenir cet établissement « où ses enfants pourront suivre des enseignements sur leur langue et leur culture d'origine ».
« Il y avait des incohérences dans le projet », a reconnu Kamel Kabtane, le recteur de la grande mosquée de Lyon. « Mais ce n'est pas une école coranique, c'est un projet positif. Nous aurions aimé que le recteur nous soutienne pour le monter et accepte le dialogue », a-t-il ajouté. Un souhait resté lettre morte hier, la délégation reçue au rectorat n'ayant pu rencontrer que « les représentants d'Alain Morvan », « en rendez-vous », selon son cabinet. « Si nous avions été juifs ou catholiques, il nous aurait reçus », s'est emporté un père de famille, à la sortie de la délégation, alors que, carte d'identité à la main, les manifestants scandaient « on veut la justice » et « non à l'islamophobie ». A l'image d'Ahmed Nasri, dont la fille de 16 ans, qui devait aller à Al-Kindi, est aujourd'hui déscolarisée faute de places dans une école publique. En attendant l'ouverture du lycée, elle suit avec une quinzaine d'élèves des cours de soutien bénévoles à Al-Kindi.
Elisa Frisullo