Le père Thouvenot reconnaît que sa rencontre avec les Roms lui " a ouvert le cœur ".
Le père Thouvenot reconnaît que sa rencontre avec les Roms lui " a ouvert le cœur ". - C. VILLEMAIN / 20 Minutes

Elisa Riberry

Les familles qui ont croisé sa route ont de lui l'image d'un saint. «Si notre vie a changé, c'est grâce à lui. On lui doit beaucoup», confiait à 20 Minutes il y a peu Fericira. Cette mère de trois enfants, originaire de Roumanie, fait partie des 60 Roms recueillis par le prêtre Matthieu Thouvenot dans les sous-sols d'une église de Gerland pendant l'hiver 2011. Aujourd'hui, ces gens, intégrés dans un dispositif d'insertion de la préfecture, ont quitté les squats et la mendicité. Ils vivent dans des appartements et commencent à travailler. Pourtant, le prêtre qui, depuis jeudi, abrite dans une maison paroissiale des familles expulsées d'un terrain de Villeurbanne, refuse d'endosser le costume du sauveur.

«L'Etat se met hors la loi»


«Je suis le curé de Gerland et c'est tout», explique cet homme de 40 ans, ordonné prêtre il y a dix ans. Un discours qui tranche avec la main qu'il a tendue cet hiver aussi à des personnes qui dormaient dans une voiture devant l'église. «Je le fais ponctuellement, mais ce n'est pas à l'Eglise de réaliser ce que l'Etat refuse de faire, dit-il, presque avec colère. Une circulaire de 2012 impose de trouver un hébergement avant d'expulser des gens. Il n'y a aucune urgence à vider des terrains qui ne servent à personne. L'Etat se met hors la loi», ajoute le curé, qui compte plusieurs amis chez les Roms. Mais cela n'a pas toujours été le cas. «Avant, j'avais tendance à les ignorer. Ils ne parlaient pas français, n'étaient pas très propres, reconnaît-il sans faux-semblant. Les prêtres aussi peuvent avoir le cœur dur. Mais leur rencontre et la prière m'ont ouvert le cœur, reconnaît l'homme d'église. Si j'ai changé, le regard de chacun peut évoluer sur cette communauté. Cela passe par la rencontre», ajoute Matthieu Thouvenot, qui en 2011, avait organisé un concert tsigane dans l'église occupée par les Roms. Le spectacle avait attiré la foule et permis un échange entre sans-abri et paroissiens. Depuis jeudi, plusieurs d'entre eux ont d'ailleurs contacté la paroisse pour proposer leur aide.