«Certains de nos clients avaient peur»

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Publié le 18 septembre 2006.

En septembre 1981, la SNCF mettait la capitale à 2 h 40 de Lyon

Comme les Lyonnais, les historiens n'ont pas gardé un grand souvenir de ce 22 septembre 1981. Ce jour-là pourtant, la vieille gare des Brotteaux (6e) accueille un joyau technologique mondial, une fierté française après douze ans d'études et de travaux : le TGV, engin de 400 tonnes orange et aérodynamique. Pour relier Paris à Lyon, il avale 450 kilomètres en 2 h 40, avec des pointes à 260 km/h. Du jamais vu. Mais le nouveau Président de la République, François Mitterrand, a décidé, lui aussi, de passer à la vitesse de l'éclair. Le jour de l'inauguration, le train ne reste que 30 minutes aux Brotteaux, et part avec 700 convives pour des festivités... en Bourgogne. « Mitterrand a boycotté le maire de Lyon, Francisque Collomb, qui soutenait Giscard d'Estaing aux présidentielles. Du coup, les Lyonnais ont été privés de festivités, et le maire, vexé, décida de ne jamais prendre le TGV », raconte André Soulier, alors premier adjoint. Les Lyonnais ont donc patienté jusqu'au 27 septembre, un dimanche, à 8 h, à Perrache, pour découvrir le train à grande vitesse. « Certains clients avaient peur, se rappelle Philippe Mangiapan, directeur des lignes TGV de la SNCF. Le record du monde venait d'être battu sur le tronçon, avec 380 km/h. On a dû leur expliquer que 260 km/h, ce n'était pas dangereux. » Le premier TGV affichait complet depuis longtemps. « Il y avait des curieux, beaucoup de passionnés du train, se souvient le journaliste Robert Belleret, qui raconta son aller-retour le lendemain dans Le Progrès. Au micro, on nous donnait la vitesse en direct, il y avait peu de vibrations, et une insonorisation parfaite. C'était moderne. Finies les 4 h interminables pour faire le trajet, avec le train bondé et le trafic saturé. Pour Lyon, le TGV, c'était une révolution. » Révolution commerciale aussi : pour la première fois, le client réservait, obtennait une place assise, des rames étaient rajoutées s'il y avait trop de monde. En 18 mois, on comptait déjà 8 millions de voyageurs. En 1983, la création de la gare de la Part-Dieu a donné un élan supplémentaire au TGV, et au quartier.

Bertrand Cabanis

©2006 20 minutes
« Lyon a perdu son complexe provincial, le TGV est un succès autant technique que psychologique », déclarait en 1981 le directeur régional de la SNCF.
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