Lame de fond
Lame de fond - Le choix des libraires

en partenariat avec 20minutes.fr

Résumé

«Je n'ai jamais été bavard de mon vivant. Maintenant que je suis dans un cercueil, j'ai toute latitude de soliloquer. Depuis que le couvercle s'est refermé sur moi, je n'ai qu'une envie : me justifier, définir mon rôle dans les événements survenus, donner quelques clés pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce qui n'est qu'un fait divers. Je n'ai pas un penchant au regret, mais il me faut faire mon examen de conscience, si inutile qu'il soit désormais. Le souvenir que je laisse est celui d'un partisan des solutions hybrides, habitué à ajourner, soucieux de n'exaspérer personne, de ne pas empirer les choses en manquant de diplomatie. Je ne suis pas un de ces vieux hiboux formalistes, ni un de ces faiseurs d'embarras toujours persuadés d'être supérieurs à tout le monde. Non, j'ai veillé à ne pas incommoder mes proches, pas seulement par horreur des dissensions domestiques, mais parce que je ne suis pas un homme à problèmes.»

Née en 1963 au Viêt-nam, Linda Lê avoue volontiers qu'elle n'a plus une connaissance intime de sa langue natale. Le français, appris dès l'enfance, à Saigon, est devenu, sinon sa patrie, du moins un espace mouvant qui lui permet tout ensemble de se désabriter et de trouver une ancre flottante. Arrivée en France en 1977, deux ans après la fin de la guerre du Viêt-nam, elle a pris le chemin de la littérature. Après trois livres parus lorsqu'elle était très jeune, elle a publié Les Évangiles du crime dont une presse unanime a salué l'originalité exceptionnelle. En 1993, Christian Bourgois a édité son cinquième livre, le roman Calomnies (traduit et publié aux États-Unis, aux Pays-Bas et au Portugal) puis en 1995, Les dits d'un idiot. Les Trois Parques et Voix ont paru en 1998, Lettre morte en 1999, Personne en 2003, Kriss/L'homme de Porlock en 2004 et In memoriam en 2007. Elle a reçu le prix Wepler-Fondation La Poste en 2010 pour son roman Cronos et le prix Renaudot-poche en 2011 pour À l'enfant que je n'aurai pas (Nil).

Le choix des libraires : choisi le 25/11/2012 par Stéphanie Fontaine de la librairie FURET DU NORD à LILLE, France

C'est l'histoire de quatre personnes dont la vie va être emportée et bouleversée par une lame de fond... Lou et Van sont mariés depuis 20 ans. Si le couple n'est plus dans l'amour fou du début, il semble plutôt solide, cimenté en quelque sorte par laure, leur fille adolescente au look gothique. Van a quitté son pays natal, le Vietnam, pour vivre en France où il exerce le métier de correcteur. Il manie la langue française avec passion, précision et dévotion... L'équilibre familial vacille cependant avec l'arrivée d'Ulma, la demi-soeur de Van. Tour à tour, ces quatre personnages prennent la parole et racontent leur vie, leurs sentiments, et l'effroyable engrenage qui a amené Lou à foncer sur Van au volant de son Austin. Une fois la lecture de ce formidable roman choral achevée, une question taraude le lecteur : «Quel est le secret de Linda Lê pour avoir une telle aisance dans la langue, un sens si aigu du mot juste, une facilité inouïe à faire naître des phrases si harmonieuses ?».
Peut-être parce, tout comme Van, d'origine vietnamienne, le français n'est pas sa langue maternelle mais celle du coeur et des découvertes littéraires...

Le choix des libraires : choisi le 25/11/2012 par Coline Meurot de la librairie MAJUSCULE LA ROSE DES VENTS à ARMENTIÈRES, France

Van vient de mourir. Sa femme l'a renversé avec sa voiture. Tour à tour, Van, son épouse Lou, sa fille Laure et la mystérieuse Ulma vont se confier. En retraçant la dernière année de leur vie, le quatuor raconte son parcours et comment ils en sont arrivés là.
Van arrivé du Vietnam à quinze ans et correcteur de roman désabusé ; Lou directrice d'école et épouse aimante ; Laure adolescente gothique et Ulma, fille d'une hippie cocaïnomane. Un magnifique roman où Linda Lê aborde les sujets récurrents de son oeuvre : immigration, amour, famille et langue française.

Le choix des libraires : choisi le 25/11/2012 par Corinne Crabos de la librairie MOLLAT à BORDEAUX, France

Pour la première fois, Linda Lê écrit une comédie, certes grinçante mais une comédie tout de même !

Un homme, depuis sa tombe, nous raconte son histoire. Il est entouré des femmes de sa vie : sa femme, sa fille adolescente et son dernier amour, une mystérieuse eurasienne ; chacune d'elles va nous donner sa version de l'histoire.

L'occasion pour Linda Lê de nous parler des thèmes qui l'obsèdent : l'exil, la recherche d'identité, la littérature...

Courier des auteurs le 25/11/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Si j'étais ironique, je dirais que je suis un animal amphibie, bipolaire et habité par de multiples voix.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'exil sous toutes ses formes.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«L'aimer, c'était pour moi qui m'étais toujours senti en exil, me découvrir une patrie, n'être plus un étranger en phase avec personne.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un ami m'a dit qu'en lisant certains passages il a pensé au 3e mouvement de la
3e symphonie de Brahms

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le silence
6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Aucun

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Je ne crois pas à l'inspiration, mais au travail.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Je me suis dit cela, tout en me demandant si j'oserai.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Victor Hugo et Lautréamont

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
A sonner le tocsin, à réveiller les consciences.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
C'est souvent un lieu de refuge pour moi.

Courier des auteurs le 25/11/2012

«Le choix des mots» par Jean Pruvost, grand amoureux des mots...

Chère Linda Lê,

Cette Lame de fond réveille les mots. Du fond de la vie. Lame d'abord. «Ci gît, sous la lame...» écrit-on encore au XVIIe, riche de sobriété, comme votre style. La lame, c'est la pierre sépulcrale. Un mot de l'ancienne langue, dit Littré. Comme ce père à qui vous donnez la parole, à fleur de terre, au fond de son cercueil, mais juste sous la lame, libre de penser et sans tristesse. «Le temps s'en va...Et tôt serons étendus sous la lame», s'écrie Ronsard. Mais le père vénéré reste, de pensée vive, étendu sous la lame, à la frontière de la vie. Il sourit même, en soliloquant.
«Passions du fond caché, lames de fond», rappelle Suarès. La lame de fond cingle les pensées, elle les fait remonter en tourbillonnant. Cette vague vient du gouffre, et ce «fond de l'inconnu», vous l'avez «exploré», pour remonter avec «un peu de lumière». Le gouffre, on y descend avec des «corps morts», celui des disparus, père ou pays, «enceinte d'une grande douleur», et puis la lame surgit, «la déraison fait retrouver la raison».
«Hommage», ce mot vous est cher. In memoriam. Pour le chevalier, c'était se déclarer l'homme du seigneur, l'assurer de sa fidélité absolue. L'aveu suivait la cérémonie. L'aveu, c'est le livre. Pour sortir du gouffre, il faut la «combustion» souterraine des mots, qui déclenche la lame de fond. Elle part de Dalat, se charge de douleur à Saigon, roule du Havre jusqu'à Paris et émerge dans le cimetière de Bobigny.
Le phosphore s'extrayait des squelettes. La lumière vient de l'obscur. «Une zone de phosphore» qui «flotte comme un haillon de flamme spectrale», s'exclame Hugo dans les Travailleurs de la mer. «Le grand miroir phosphorescent de la mer», avec «des milliers de flammes folles» ajoute Loti. Et vous, qui aimez ce verbe, phosphoriser, en rendant hommage aux «naufragés de la vie». Cette lame de fond porte la lumière (phôs, en grec). C'est la mort vaincue par les mots, une lame de fond pour vivre. Merci.

La revue de presse : Clara Dupont-Monod - Le Magazine Littéraire, août 2012

Lame de fond est donc bien plus qu'un antiroman familial. Il perce à jour les coeurs, radiographie les racines d'un être, et torpille le mythe de l'immigré fidèle à ses racines, farci de reconnaissance envers le pays accueillant. Chez Linda Lê, on reste un étranger, pour toujours. «Un damné toujours perdu entre l'Orient et l'Occident», tel que se définit Van. Ni la cuisine, ni la langue, ni le travail, encore moins la famille, ne viendront combler ce déficit d'identité. Partir, c'est flotter entre deux eaux. La seule reconstruction possible se retrouve dans les livres, patrie peuplée d'apatrides, terre réservée aux hors-sol. Linda Lê, elle-même née au Viêtnam, puis venue en France, et nourrie de littérature, a trouvé la sienne. Nous la tenons entre nos mains, ouverte comme un livre.

La revue de presse : Baptiste Liger - Lire, septembre 2012

La mort d'un homme, commentée par lui-même et trois femmes qui lui étaient proches. Linda Lê, à son meilleur...
Après le très beau A l'enfant que je n'aurai pas (prix Renaudot de poche 2011), Linda Lê revient à son meilleur avec cette Lame de fond, qui explore intelligemment les troubles des liens familiaux, des origines, de la transmission, de la langue et des fossés culturels. Avec intelligence, sensibilité et une petite dose de dérision, l'auteur de la Lettre morte a su faire s'entrecroiser les soliloques de ses principaux personnages, en singularisant leurs voix (et leurs vérités, parfois paradoxales) tout en gardant une unité dans son écriture, envoûtante

La revue de presse : Emily Barnett - Les Inrocks, septembre 2012

Linda Lê donne la parole à un superbe quatuor, à la croisée du fait divers, de la fable incestueuse et du roman sur l'exil...
Nouer les fils, emberlificoter des vies en silence : Linda Lê accomplit cet exploit de livre en livre. Ses phrases avancent lisses, policées, cadenassées parfois. La romancière se pose en dompteuse de mots, elle qui confie avoir toujours su mieux écrire le français que sa langue natale. Son impassibilité de ton n'est pourtant qu'apparente. Cette prudence devant les affects trop clairs est là pour endiguer une folie, celle qui dort sous la forme trop simple d'un titre mais affleure subtilement à chaque page.

La revue de presse : Marine Landrot - Télérama du 26 septembre 2012

Construit comme un temple, colonne par colonne, ce roman frappe par son allègre légèreté. Si ce ton est nouveau pour l'auteur, son écriture, elle, n'a rien perdu de sa richesse. Linda Lê a toujours l'art des alliages rares et précieux, le goût d'une langue oubliée qui chante sa modernité. «Coquecigrues», «mignoter», «criticailler»... Comme les personnages, les mots s'installent, imposent leur indépendance et leur originalité. Ils sont les cellules d'une romancière décidément indispensable.

La revue de presse : Claire Devarrieux - Libération du 25 octobre 2012

Un exilé vietnamien, sa fille, sa femme, sa maîtresse : quatre voix se succèdent dans «Lame de fond» pour sonder les racines et la langue. Le personnage central de Lame de fond a beau être mort et enterré, il n'en est pas moins très présent, sous forme de voix et de souvenirs. Son monologue se mêle à trois autres, le roman est ce ressac de quatre fois quatre mouvements, de la nuit au crépuscule...
Lame de fond est le quinzième livre de Linda Lê, et son premier roman balzacien. Les archaïsmes de la Bretagne bigote (famille de Lou, directrice d'école), côtoient les aspirations révolutionnaires des enfants de «l'Oncle Hô». Avec l'espoir que la France redevienne une «terre d'asile».

La revue de presse : Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 25 octobre 2012

Parmi les quatre finalistes du Goncourt 2012 se trouve une finaliste. C'est Linda Lê, avec son beau «Lame de fond»...
Peu à peu, dans cette narration en alternance qui sait ménager ses coups de théâtre, se dégage cependant l'autre vrai thème de «Lame de fond» : le déracinement, la «position ambiguë» qui rattrape l'exilé, même quand il croit possible d'être simplement soi-même en s'affranchissant de tout le reste...
La question est extrêmement complexe, et délicate. Elle prend chair ici dans un puzzle intimiste plein de fantômes, où l'héritage postcolonial et libertaire des années 1960 trouble les consciences, pulvérise les identités nationales, le «poison ethnocentriste», et ramène insensiblement Linda Lê sur les rives de son Vietnam originel.

La revue de presse : Sabine Audrerie - La Croix du 21 novembre 2012

Présente jusqu'à la dernière sélection du prix Goncourt, Linda Lê (lauréate en 2010 du prix Wepler pour Cronos) n'aura pas cette année reçu ce qui aurait pu apparaître comme la consécration d'une oeuvre patiemment construite depuis vingt ans. Faute peut-être d'un soutien critique suffisant en amont. Que ce défaut soit ici réparé, en saluant ce subtil roman polyphonique, où s'entrelacent les quatre voix d'une famille singulière...
Les récits d'Ulma, de Van, de Lou et de leur fille adolescente, Laure, se succèdent selon quatre temps - nuit, aube, midi et crépuscule -, donnant une épaisseur de méditation et de sagesse à leurs points de vue, dans un cheminement qui est celui du deuil - de leur compagnon et père disparu, mais aussi d'un bonheur jamais atteint. Toute leur vie se déroule ainsi, comme sur une journée, des souvenirs d'enfants aux regrets d'adultes. Si la remise en question de chacun intervient en quelque sorte «trop tard», elle s'ouvre pourtant sur une forme de promesse, sur un appétit de vie de ces femmes, sur des pages parfois joyeuses et sur la sérénité enfin acquise de Van.

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