Quittant le Congo, Julien Makambo arrive en France sous le nom de José Montfort. Il est accueilli à Paris par Pedro, figure de proue du milieu congolais de la capitale. Sapeur à la pointe des tendances et «homme d'affaires» au bras long, Pedro prend Julien sous son aile et l'initie au monde des combines souterraines. Les affaires tournent, Julien a la vie belle et festive... jusqu'à ce vendredi 13 maudit, où il se retrouve malgré lui mêlé à la défenestration d'une jeune femme. En prison, il écrit son histoire, celle d'un jeune homme confronté à son destin : Makambo en lingala signifie «les ennuis». Et face aux ennuis, une règle d'or règne ici en maître : Tais-toi et meurs.
Alain Mabanckou est né en 1966 à Pointe-Noire (Congo-Brazzaville). Romancier, poète et essayiste, il obtient le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs, le Prix des cinq continents de la Francophonie et le Prix du livre RFO en 2005 pour Verre cassé, ainsi que le prix Renaudot en 2006 pour Mémoires de porc-épic (parus au Seuil). En 2010, il publie Demain j'aurai vingt ans chez Gallimard, réédité en Folio avec une préface de J.M.G. Le Clézio. Alain Mabanckou vient d'être récompensé par l'Académie Française pour l'ensemble de son oeuvre (Grand Prix de littérature Henri Gal, 2012).
1) Qui êtes-vous ? !
Né au Congo-Brazzaville, j'ai passé mon enfance dans la capitale économique de ce pays, Pointe-Noire, je suis arrivé en France à l'âge de 20 ans pour poursuivre des études de droit. Je les ai faites jusqu'au troisième cycle. Je me suis plutôt tourné vers la littérature, et j'ai publié plusieurs romans, des essais et de la poésie. J'enseigne aujourd'hui la littérature à l'université de Californie à Los Angeles (UCLA).
2) Quel est le thème central de ce livre ?
"Tais-toi et meurs" est un roman "noir" qui regarde autrement la France à travers la défenestration d'une blonde dans un quartier du 18ème arrondissement de Paris. Tout laisse à penser que le Noir près duquel la blonde est tombée est l'auteur de cette tragédie puisqu'il disparaît et fait désormais la une des journaux français.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Je prendrais celle de la page 15 du roman :
"A vrai dire j'ai toujours eu peur du sang, et cette phobie a créé en moi un comportement que certains taxeraient de risible s'ils ne s'en tenaient qu'à ce qu'ils ont entendu au sujet de cette affaire de la rue du Canada."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Probablement "Quand on arrive en ville" de Michel Berger, interprétée par Daniel Balavoine.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir que j'ai éprouvé dans l'invention de l'histoire et son déroulement.
6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
J'ai ce qu'on appelle une "playlist" très variée qui va de Brassens, Sam Cooke, Aretha Franklin ou encore des classique de musique congolaise comme Franco, Zaïko Langa Langa etc. Ces musiques me permettent d'installer un univers et de permettre aux phrases de s'embrasser harmonieusement.
7) Comment vous vient l'inspiration ?
J'attends toujours que les choses viennent. Il arrive que je reste trois mois sans écrire une ligne puis, tout d'un coup, je m'y mets sans discontinuer pendant les trois mois suivants parce que j'ai écouté de la musique, entendu des conversations ou subi quelque chose d'insolite dans mon existence.
8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Je crois que c'est par la solitude, étant fils unique je devais trouver des moyens de m'évader, d'inventer un monde peuplé de personnages et dans lequel je me sentirais entouré. Je n'ai pas choisi d'écrire, et je crois même que j'ai commencé à écrire sans le savoir en me confiant à un personnage imaginaire qui me comprendrait, et ce personnage est aujourd'hui devenu le lecteur...
9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
J'ai beaucoup lu les bandes dessinées - en particulier Zembla et Blek le Roc, puis j'ai découvert Le Petit Prince qui m'a émerveillé. Le vrai choc est venu à la lecture de "Cent ans de solitude" de Gabriel Garcia Marquez.
10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Je crois que si je le savais, cela me paralyserait dans mon travail. J'aime avoir l'impression que ce que je fais est inutile afin de me conforter à l'idée que je le fais pour ma passion et non dans un intérêt et un but précis.
11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Quand j'arrive dans un lieu je cherche d'abord une librairie, même si ce n'est pas pour acheter un livre. Cela me permet de voir comment cette cité lit et qu'est-ce qu'elle lit. Et puis c'est l'endroit de l'immortalité : à la différence des hommes qui disparaissent dans un cimetière, les personnages des romans vivent éternellement grâce à la librairie...