Nous avons lu «La Belle sauvage», dernier roman fantastique de Philip Pullman

Fantastique Philip Pullman, l'auteur d'«A la croisée des mondes» rouvre les porte de son univers avec «La Belle sauvage», avec toujours plus de daemons, sorcières et aléthiomètres...

Thomas Weill

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Le film "A la croisée des mondes : la boussole d'or", sorti en 2007 avec un casting impressionnant (Daniel Craig, Nicole Kidman, Eva green...) est loin d'avoir connu le succès de la trilogie de Philip Pullman

Le film "A la croisée des mondes : la boussole d'or", sorti en 2007 avec un casting impressionnant (Daniel Craig, Nicole Kidman, Eva green...) est loin d'avoir connu le succès de la trilogie de Philip Pullman — RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

  • La Belle sauvage, dernier roman de Pullman se déroule une dizaine d'années avant A la croisée des mondes.
  • Ce nouveau récit fantastique est le premier opus de La Trilogie de la poussière, dont le prochain volume est déjà écrit.
  • La prose de Pullman n'a rien perdu de sa qualité, mais le roman souffre un peu d'un rythme en deux temps.

Philip Pullman reprend du service. 17 ans après la sortie du troisième tome de sa trilogie à succès, A la croisée des mondes, l’écrivain britannique emmène à nouveau ses lecteurs dans l’Angleterre mystérieuse et fantastique de Lyra et son daemon Pantalaimon en leur offrant une préquelle publiée par Gallimard, La belle sauvage, premier opus de la Trilogie de la poussière sorti en France le 16 novembre dernier. Avec son jeune héros de 11 ans, le roman va sûrement faire parler de lui au Salon du livre et de la presse jeunesse qui se tient du 29 novembre au 4 décembre à Montreuil, malgré un rythme en deux temps qui laisse (un peu) sur sa faim.

L’aventure se déroule dix ans avant les événements décrits dans A la croisée des mondes, et qui mettaient en scène Lyra Belacqua, jeune fille intelligente, courageuse et rebelle, qui n’hésitait pas à mettre sa vie en danger pour partir à la recherche de son ami disparu. Dans La belle sauvage, si Lyra est bien présente, elle n’est qu’un nourrisson âgé de quelques mois à peine, qui « gazouille » à l’envie avec son daemon, manifestation physique de l’âme sous forme animale. D’ailleurs, autant vous le dire tout de suite, il vaut mieux avoir lu A la croisée des mondes avant d’entamer ce nouveau roman, Philip Pullman ne prend pas le temps de redéfinir son univers.

On a aimé : le personnage principal

Pourtant, la mise en place de l’intrigue prend bien la moitié du livre. Une lenteur regrettable même si on apprécie le personnage de Malcolm Polstead, un garçon de 11 ans « d’un naturel chaleureux et curieux, râblé et roux » comme le décrit l’auteur dans ses premières pages. Gentil, serviable, il aime à répéter les nouveaux mots qu’il apprend, comme pour les savourer, et prendre soin de sa plus chère possession, un canoë, « sur lequel il avait peint le nom : La Belle Sauvage ». Moins indomptable que Lyra, le jeune garçon n’est pourtant pas sans rappeler l’héroïne, par une intelligence, un courage, et une résolution sans faille, qu’il mettra justement à son service.

Propulsé par le fruit du hasard dans un monde d’intrigues, d’espionnage et de délation, Malcolm va faire office d’espion auprès du professeur Hannah Relf, elle-même rattachée aux services secrets qui luttent contre les organes repressifs de la religion, Conseil de Discipline Consistorial ou CDC en tête. La critique d’une chrétienté présentée comme dogmatique et sectaire, déjà bien présente dans la trilogie phare de Pullman, est ici légèrement adoucie par des personnages de religieuses aux allures de sympathiques grands-mères. La personnalité attachante du héros fait qu’il est facile de se mettre dans sa peau. On suit d’ailleurs son quotidien paisible comme on se souvient de ses visites chez ses grands-parents, avec une forme de nostalgie plaisante.

On a moins aimé : trop attendre l’arrivée d’une cavalcade exaltante

Seulement voilà, cette routine agréable dure près de 300 pages, ce qui pourrait très bien rendre impatient. Sans user d’effets d’annonce redondants (coucou Game of Thrones !), Pullman fait un peu traîner l’arrivée dans le feu de l’action. Mais quand cela arrive, on ne décroche plus. Poursuivi par l’effrayant Gérard Bonneville et son daemon hyène dans une Angleterre immergée (« l’inondation avait tout englouti et la confusion régnait partout »), Malcolm ne pourra compter que sur sa débrouillardise et son intelligence ainsi que sur l’aide de la revêche Alice, sa « compagne d’équipée », pour protéger Lyra d’un terrible sort. Et bien sûr, sur son bateau, « propulsé comme une brindille, sans aucune prise sur l’eau ». La poursuite, haletante, aura tôt fait de rappeler le rythme des aventures de la même Lyra dix ans plus tard, avec une prose toujours aussi efficace et jolie, et la même difficulté du lecteur à reposer le bouquin la nuit.

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Les fans ne seront pas non plus en reste avec des personnages connus, comme le charismatique Lord Asriel, la froide Mme Coulter, ou Coram le gitan, qui feront aussi une apparition appréciée. La magie d’A la croisée des mondes trouvera aussi son chemin dans les pages de La Belle sauvage, et tout porte à croire que ce sera le cas de la suite. « Cela continue avec un grand saut dans le temps, un saut de plus de 20 ans, donc dans la suite nous voyons Lyra en étudiante de 20 ans », a confié Pullman à la presse britannique, au sujet du deuxième tome, déjà écrit, de la Trilogie de la poussière. Le récit devrait donc être plus sombre, plus adulte aussi, afin de s’adresser aux fans de la première heure comme à ceux qui s’y mettraient aujourd’hui. Il n’y a plus qu’à espérer que l’écrivain britannique tienne la promesse faite par ce nouveau roman.