Helena Noguerra: « A chaque lettre de refus, je me disais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas dans ce que j’écrivais»

ROMANS Pas facile d'être un auteur crédible quand tout le monde vous a rangé dans une autre case. Helena Noguerra nous explique son parcours d'écrivain... 

Laurent Bainier

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Helena Noguerra a sorti son troisième roman, Ciao Amore, en 2017.

Helena Noguerra a sorti son troisième roman, Ciao Amore, en 2017. — Anthony Ghnassia/SIPA

  • La comédienne et chanteuse a déjà publié trois romans.
  • Elle a d'abord envoyé ses manuscrits sous pseudonyme pour éviter les a priori.
  • Elle publie également un album jeunesse intitulé Manon dit toujours non.

Helena Noguerra a sorti deux livres en 2017: un roman, Ciao Amore (Flammarion), et un album pour enfants Manon dit toujours non (Actes Sud Junior). Et comme ils méritent leur place dans votre valise d'été, on s'est fait violence pour ne pas interviewer la vedette sur sa carrière de chanteuse. Ou de comédienne. Ou de présentatrice TV. Ou de mannequin. Interview 100% littérature pour une auteur qui mérite d'être connue...

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Votre livre pour enfants s’intitule Manon dit toujours non. L’héroïne de votre dernier roman, Ciao Amore, décide pour sa part de dire «oui» au premier venu. Finalement, il faut dire oui ou non pour réussir dans la vie?

Il faut se dire oui à soi même et réussir à dire non aux autres. Dire oui à sa force vitale, croire en soi malgré les pressions extérieures. Ce qui est certain, c’est qu’il faut avoir le culot d’oser.

On ne doit pas souvent vous dire non…

Si bien sûr, on me dit souvent non. Je porte plein de projets que personne ne voit jamais. Si on a l’impression de me voir beaucoup, c’est que je propose beaucoup de choses, davantage que ce qui sort finalement.

[Avec un petit ton bien vachard] Enfin, quand Helena Noguerra envoie un manuscrit, on ne lui dit pas non…

Mon premier livre, je ne l'ai pas envoyé sous mon nom mais sous pseudo: Barbara Klein, parce que Barbara est mon second prénom. Je suis Hélène la Barbare. Quant à Klein, ça fait référence à mes origines marranes. Si je l’avais envoyé sous mon nom, la maison d’édition aurait eu un a priori. Soit positif, soit négatif. Mais un a priori. Je voulais connaître la valeur intrinsèque de ce que j’écris.

Et ça a marché?

J’ai d’abord essuyé des échecs. J’ai envoyé trois premiers manuscrits que j’avais dans les tiroirs. J’écris depuis toujours.  A chaque lettre de refus, je me disais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas dans ce que j’écrivais. Et puis le 4e manuscrit a plu à Denoël.

C’est devenu L’ennemi est à l’intérieur (Denoël, 2002). Vous l’avez finalement sorti sous votre propre nom…

J’en ai discuté longtemps avec mon éditeur. Il m’a dit qu’il fallait assumer, que si je continuais à me cacher, j’allais finalement vers ces a priori que je redoutais.. Il a réussi à convaincre Hélène la barbare.

Rétrospectivement, vous pensez que c’était un bon choix?

Je pense que si je n’ai jamais eu, pour mes livres, de critique de l’intelligentsia, c’est un peu à cause de ça. Il est difficile pour eux de faire le tri. Quand on a été mannequin comme moi, qu’on est chanteuse, actrice, on est vite réduit à notre beauté plastique.

C’était pour séduire cette intelligentsia que vos deux premiers romans étaient si difficiles d’accès, un peu précieux?

Non, quand j’ai écrit les deux premiers, j’étais prisonnière d’un postulat familial : l’énorme exigence intellectuelle que m’avait transmise mon père. Il est musicologue et musicien de free jazz. Quand il écrit, il chamboule la forme, il écrit du free jazz en fait. Une fois que j’ai publié le deuxième sur le même mode, je me suis dit qu’il fallait que j’aille vers une écriture où la forme prenait moins de place. J’avais ce truc à la Pasolini, Bunuel. Il fallait que j’aille vers Godard : le soleil la piscine. Il m’a fallu dix ans pour trouver ça.

C’est si difficile?

C’est un acte d’humilité d’écrire pour les gens, de les prendre par la main à travers tout un livre. Dans Ciao Amore, j’emmène le lecteur dans un voyage romanesque et romantique. Cléophée, l’héroïne, arrive à un âge où on commence à pleurer sur sa vie. Elle décide de tout envoyer balader pour répondre à cette question: est que c’est la vie qui destine les choses?

C’était plus simple d’écrire Manon dit toujours non?

Non, quand on écrit un livre pour enfants, les contingences sont intéressantes : les concepts, la langue doivent être accessibles pour les enfants. Ensuite, il faut travailler en binôme, et voir parfois l’illustratrice détruire tout ce qu’on a imaginé. Elle vous dit «on peut enlever ça, le dessin va le dire...» Et vous répondez : «oui mais la phrase était si belle…» (rires). En fait, si on sort de la posture de l’artiste qui veut tout imposer, ça donne vraiment quelque chose. En y réfléchissant, je me dis que je suis un peu en quête d’humilité.

 

Manon dit toujours non, album jeunesse par Helena Noguerra et Thierry Dardanello, illusttré par Sophie Bouxom (Actes sud Junior, 40 p., 14,50€) : La petite Manon a une idée assez arrêtée de son avenir professionnel et on n'est pas sûr que ça plaise beaucoup à Eric Zemmour.

Ciao Amore, Helena Noguerra (Flammarion, 208 p., 18€) : Virée déjantée de Paris à l'Italie pour un couple de désaxés, rencontrés sur un trottoir. Une fugue légère et débridée parfaite pour l'été.