Et si le prochain Boris Vian sévissait déjà aujourd’hui ? L’écriture occupe chez les Français une place de choix dans les activités culturelles. Facilité par Internet, le rêve d’écriture des Français est profondément enraciné dans la société.

En septembre 2009 déjà, un sondage OpinionWay pour Le Figaro Littéraire, indiquait que 32% de la population française avait déjà songé à écrire un livre. En mars 2015, cette fois, un sondage Odoxa réalisé pour Amazon, évaluait une proportion similaire, à 31%.

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Pour beaucoup, comme Virginie Begaudeau, 27 ans et auteure de plusieurs romans auto-édités, l’écriture est un rêve d’enfance. « Depuis toute petite je voulais être écrivain. J’ai écrit ce que j’aurais aimé lire. » Pour la jeune auteure, qui a notamment signé Laudanum chez BOD et Adieu, Blanche-Neige ! chez Edilivre, l’écriture représente « un catalyseur, un exutoire, une passion, une vocation ». La liste est longue.

L’écriture thérapeutique

Noémie Machner, responsable marketing de la maison d’auto-édition Books on demand (BOD), évoque aussi « l’écriture thérapie », après avoir « vécu un drame ». Selon Olivier Donnat, sociologue au Département des études de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture, les rêves d’écriture des Français « correspondent aussi à des périodes de transition. L’adolescence en est une, mais aussi le chômage, la reconversion professionnelle, la mise à la retraite », liste le sociologue.

Beaucoup de gens qui passent le pas et se mettent à écrire ne le destinent pas « à un grand public mais pour la famille », comme dans le cas assez fréquent des « journaux de vie »  rédigés dans un « souci de témoignage ». Fréquentes aussi sont les auto-fictions dans lesquelles « on retrouve ce que la personne a vécu et ses propres analyses de ses propres sentiments », déclare Olivier Donnat. Un peu comme une thérapie donc.

Le phénomène n’a rien de récent. « En 1995-96, on observait déjà une augmentation des pratiques d’écriture sous forme de journaux intimes. Les éditeurs recevaient également de plus en plus de manuscrits », explique le sociologue. A remonter plus loin encore, Noémie Machner s’appuie sur la tradition française. « Quel pays au monde a autant de prix littéraires que le nôtre ? » interroge la responsable marketing de BOD. « La France est le pays des lettres », insiste-t-elle.

Un essor avec le web

Cerise sur le gâteau, le numérique a alimenté cet engouement. « Sur les écrans on écrit beaucoup, on est fréquemment sollicité pour s’exprimer, donner son avis. Cela contribue à l’expression de soi », estime Olivier Donnat. Pour Victor Bouadjio, directeur des éditions Ecrire aujourd’hui qui édite notamment la revue Ecrire magazine, ce nouvel essor du rêve d’écriture trouve aussi sa source dans « la vague des ateliers d’écriture » qui est arrivée en France il y a « 10 à 15 ans ».

Ce qui a changé ? « Les grandes plumes françaises d’aujourd’hui admettent qu’on peut apprendre à écrire », là où les écrivains d’antan « estimaient que si on n’avait pas de talent il ne fallait pas s’y essayer ».  Olivier Donnat abonde en son sens. « Internet encourage les gens qui ne sont pas diplômés à s’exprimer », affirme-t-il, sans qu’il soit plus question de « légitimité pour écrire ».

Publier redevient même une possibilité, grâce à l’auto-édition. « Beaucoup de gens s’auto-éditent, c’est un phénomène sans précédent », estime d’ailleurs Victor Bouadjio. D’après Noémie Machner, « les Français aiment écrire depuis toujours, mais les barrières d’édition sont tombées ». L’auto-édition, « simple et peu chère » permet « un contrôle sur le contenu » important pour les amateurs de la plume. Résultat, avec Internet, « le marché de l’édition se démocratise », alors même que l’auto-édition est bien plus ancienne.

Internet a bien ouvert des portes, mais « ce n’est pas propre à l’écriture, d’après Olivier Donnat. D’autres domaines artistiques ont vu un développement des pratiques, la danse, le théâtre, la musique que l’on compose soi-même avec des logiciels… ».

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