Régis Jauffret compile dans « Cannibales » le courrier de deux timbrées anthropophages

ROMAN Prenez deux minutes pour savoir si Cannibales de Régis Jauffret est le livre qu'il vous faut...

Laurent Bainier

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Cannibales, de Régis Jauffret au Seuil

Cannibales, de Régis Jauffret au Seuil — 20 Minutes

Tous les jours de la semaine, la rédaction de 20 Minutes ou ses lecteurs vous proposent une idée de roman à dévorer ou à offrir. Aujourd’hui, Cannibales de Régis Jauffret au Seuil (192 pages, 17€)

Une citation :

« Après avoir salé et poivré sa dépouille, tenant chacune une extrémité du manche sur lequel nous l’aurons empalé, nous le ferons griller à la broche au-dessus d’un feu de sarments de vigne et de bois d’olivier. »

Pourquoi choisir ce livre :

  • Parce que la Poste n’est pas morte. Ca va faire plaisir à Philippe Wahl, moins à Philippe Val : il n’y a pas que sur Internet que « les tarés trouvent un moyen de diffuser leurs délires, leurs haines ou leurs obsessions». Les deux Cannibales au cœur de ce roman épistolaire utilisent le bon vieux courrier de papy pour ourdir leur plan démoniaque : manger un homme, l’amant de l’une, le fils de l’autre.
  • Parce que Jauffret, qui avait exploré les affaires DSK, Fritzl et Stern ces dernières années, ne trouve plus de fait divers suffisamment inspirant pour alimenter sa bibliographie et revient à la fiction pure. A moins que le Geoffrey au menu de ce festin littéraire ne se prénomme Régis et qu’il faille voir dans Cannibales l’appel à l’aide d’un auteur bientôt rôti.
  • Parce que revisiter Choderlos de Laclos au XXIème siècle impose quelques mises à jour. Dans Cannibales, les liaisons sont chimiques, covalentes. Les deux femmes, électrons libres, se soudent autour de l’homme qu’elles veulent ingérer. Cruauté, quel mot a autant de noblesse que celui-là ?

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L’essentiel en 2 minutes :

L’intrigue. Autour de Geoffrey, architecte à succès, ça lèche des timbres comme à Millbrook. Sa mère et son ex se bombardent de missives solaires, lettres illuminées au fil desquelles elles peaufinent leur grand projet : servir des côtelettes de Portzamparc au dîner.

Les personnages. Deux fricoteuses anthropophages ma non troppo (Jeanne, une octogénaire mi-émo, mi-camée et Noémie, une jeune artiste bien timbrée) et, dans le rôle du bout de viande, un quinqua, plus bouc émissaire que cochon.

Les lieux. Cabourg, 14390 ; Paris, poste restante, ce qui est bien pratique quand on passe sa vie à voyager comme Noémie.

L’époque. En 2014, juste avant que le pays d’Auge ne découvre les forfaits SMS illimités.

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L’auteur. Mardi dans l’émission de Jean-Luc Delarue, La Grande Famille, nous avions annoncé, c’est vrai, que nous arrêterions avec Régis. Le problème c’est que lui n’arrête pas. Après plus d’une vingtaine de romans, dont La Ballade de Rikers Island, Claustria, Asile de fous ou Univers, univers, il revient avec un ouvrage surprenant, retenu dans la première sélection du Goncourt.

Fiche réalisée par la rédaction de 20 Minutes. Pour rejoindre notre club de lecture, surveillez notre rubrique livres. Plus d’infos prochainement…