«Le Journal d'Anne Frank» ne tombera pas dans le domaine public en 2016

HISTOIRE Les ayants droit du livre ont réussi à reporter cette échéance à 2030...

F.R.

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Différentes éditions en japonais du «Journal d'Anne Frank».

Différentes éditions en japonais du «Journal d'Anne Frank». — KYODOWC / NEWSCOM / SIPA

Le 1er janvier 2016, Le Journal d’Anne Frank devait tomber dans le domaine public. Tel que le prévoit la législation sur la propriété intellectuelle, il en est ainsi pour toute œuvre, soixante-dix ans après la mort de son auteur. Or, les ayants droit ont réussi à reporter ce passage dans le domaine public au moins jusqu’à 2030, fait savoir Livres Hebdo.

Sur son site, le magazine littéraire cite le communiqué de la Fondation Anne-Frank : « Les versions du Journal telles que réalisées par Anne Frank elle-même n’ont été publiées que dans les années 1980, après son décès, et à ce titre bénéficient du régime des œuvres posthumes, et notamment du régime antérieur plus favorable ne faisant courir la durée de protection de 50 ans qu’à partir de la date de la première publication, soit bien au-delà de 2015. »

Un universitaire met en ligne gratuitement et illégalement les deux versions du « Journal »

Autre argument utilisé par les ayants droit : le père de la jeune fille, Otto Frank, décédé en 1980, et Mirjam Pressler, encore vivante, ont contribué à certaines versions du Journal. Ils sont donc considérés comme coauteurs. Le passage dans le domaine public pourrait donc être repoussé jusqu’à soixante-dix ans après le décès de Mirjam Pressler.

Pour certains observateurs, cette décision est scandaleuse. L’enseignant-chercheur Olivier Ertzcheid a ainsi signé un billet sur son site tout en mettant en ligne les deux versions du Journal de la jeune juive allemande, qui a écrit son texte à Amsterdam (Pays-Bas) où sa famille s’était installée pour fuir l’Allemagne nazie. L'auteur est finalement décédée en 1945 au camp de concentration de Bergen-Belsen où elle avait été déportée.

« Qui sont-ils, Anne, pour s’opposer ainsi à l’entrée de ton journal dans le domaine public ? Le fait que tu sois morte depuis 70 ans ne leur suffit donc pas, à ces éditeurs et à ces gestionnaires de droits ? », écrit Olivier Ertzcheid dans son billet repéré par Arrêts sur images. Et de conclure : « Anne, très chère Anne, je t’écris cette lettre pour te demander la permission de ne pas attendre 2050. A la fin de ce message, je mettrai en ligne ton journal. En faisant cela, j’accomplirai un acte illégal. »