"La nostalgie : quand donc est-on chez soi ? : Ulysse, Enée, Arendt" de Barbara Cassin chez Autrement (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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La nostalgie : quand donc est-on chez soi ?

La nostalgie : quand donc est-on chez soi ? — Le choix des libraires

Résumé

La nostalgie, c'est la «douleur du retour», la souffrance que l'on éprouve quand on est loin de chez soi. En partant de son expérience personnelle, Barbara Cassin s'interroge sur le rapport entre patrie, exil et langue maternelle. Grande question, universelle et éminemment politique.

«Je partirai d'une expérience personnelle, en l'occurrence la nostalgie irrépressible que j'éprouve chaque fois que je suis de 'retour' en Corse. Un sentiment fort, étrange en cela que je n'ai pas mes ancêtres dans cette île, je n'y suis pas née et n'y ai pas vécu mon enfance ni ma jeunesse. Et pourtant je suis chez moi. C'est là sur une terrasse dominant la mer que mon mari est enterré, que j'y ai ma tombe, dans une terre qui ne m'appartient pas, qui est à moi-pas à moi».

La langue est patrie autant que le territoire, nous dit Barbara Cassin. Témoin, Hannah Arendt, la philosophe allemande exilée aux États-Unis pour fuir le nazisme, qui choisit de se définir non par rapport à un pays ni par rapport à un peuple, mais seulement par rapport à sa langue maternelle, qui lui manque.

En contrepoint, Barbara Cassin revient sur deux grands récits fondateurs de la nostalgie et de l'exil.
Épopée du retour impossible et sans cesse retardé à Ithaque, l'Odyssée est le poème de la nostalgie par excellence.
Dans l'Énéide, c'est sa patrie qu'Énée emporte quand il fuit Troie en flammes, avec son père Anchise sur les épaules. Les dieux l'autorisent à fonder Rome à condition qu'il adopte le latin.

Le très bel essai de Barbara Cassin questionne de façon impertinente le patriotisme contemporain : où situons-nous nos racines ?

Barbara Cassin, philologue et philosophe, est directrice de recherches au CNRS. Traductrice d'Hannah Arendt et spécialiste de philosophie grecque, en particulier de rhétorique et de sophistique, elle anime deux collections chez Fayard. Elle a dirigé le Vocabulaire européen des philosophes : dictionnaire des intraduisibles (Le Seuil, 2004). Elle participe, en 1966 au séminaire du Thor, organisé par René Char, en compagnie de Martin Heidegger. Barbara Cassin a également reçu en 2012 le Grand Prix de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre.

La revue de presse : François Busnel - L'Express, juin 2013

Quand les philosophes franchissent le mur invisible qui les sépare de leur vie privée, ils nous offrent parfois d'exceptionnelles expériences de lecture. Ainsi Barbara Cassin. Cette spécialiste de la philosophie grecque, traductrice de l'oeuvre d'Hannah Arendt, délaisse la prose universitaire pour une plongée dans les souvenirs. Elle interroge cette question qui hante nos vies à tous : la nostalgie...
Barbara Cassin nous montre que la nostalgie est un art majeur : on peut lui enlever son parfum de violette et lui rendre son grondement de forge ; loin d'être un monument aux morts et le lieu des soupirs, elle est aussi le moyen de dynamiser nos vies. Revigorant !

La revue de presse : Eric Aeschimann - Le Nouvel Observateur du 6 juin 2013

De la nostalgie, cette idée neuve en Europe, Barbara Cassin livre une passionnante cartographie. La circumnavigation d'Homère la convainc que «la nostalgie a deux faces : l'enracinement et l'errance». L'exil d'Arendt lui prouve que l'on peut avoir la nostalgie même de la langue de l'ennemi. Alors, de quoi sommes-nous nostalgiques ? Non pas d'un chez-soi immuable (comme la propagande sur l'identité nationale veut nous le faire croire), mais d'une maison imaginaire, que nous transportons avec nous, qui ne cesse de changer et qui s'appelle «la langue».

La revue de presse : Robert Maggiori - Libération du 4 avril 2013

Que signifie «être chez soi», quelles émotions, quelles douleurs, quelles raisons font savoir et sentir que l'on s'y trouve, alors même qu'on «se plaît et espère demeurer» à jamais «sans racines» ? Il faut interroger la nostalgie - mélancolie, spleen, blues, saudade, acédie, dor, Sehnsucht, desengaño - pour le savoir, ainsi que le rapport entre patrie, hospitalité, exil, langue maternelle... Avant de questionner une autre déracinée, Hannah Arendt, dont la langue allemande demeurera la patrie, Cassin se tourne vers son pays culturel, la Méditerranée, accompagne le Troyen Enée jusqu'au Latium, plonge dans la pensée, les mythes, les mots de la Grèce antique, suit pas à pas Ulysse jusqu'au «jour du retour», à Ithaque...
Est-ce «avec la langue de l'autre que l'on se fait une nouvelle patrie» ? Quelle langue ? Celle qui identifie, sculpte le «peuple» et exclut les «barbares», ou celles, multiples, de l'exil, qui ne font pas des racines, mais, dit Barbara Cassin, «un monde qui ne se referme pas, plein de "semblables" différents, comme soi pas comme soi».

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