Résumé

Textes rassemblés et présentés par Anouck Cape.

"En 2004, l'Université catholique de Louvain a organisé un colloque Jouve-Bauchau. Cela m'a beaucoup troublé, et j'ai pensé que me comparer à lui aurait semblé à Pierre une offense. Quant à Blanche, elle souhaitait rester dans la vie secrète. Mais puisque, depuis lors, Jean Starobinski, malgré les interdictions formelles de Jouve, a décidé de publier les Œuvres complètes au Mercure de France en réintégrant les oeuvres d'avant la vita nuova, j'ai pensé qu'il valait mieux laisser faire. Pourtant au fond de moi-même, je pense toujours que ma chère Blanche n'aurait pas aimé que je sois comparé à Pierre. Je crois que c'est là la raison fondamentale du retard que j'ai mis à faire ce livre que je projetais sur elle et Pierre, et dont je n'ai jamais pu écrire que des fragments sous forme d'articles.
Je pense que j'ai dépassé toutes ces résistances. Le sentiment de culpabilité à parler alors que Blanche aurait sans doute préféré le silence, le complexe vis-à-vis de Pierre ont diminué et peut-être disparu. Et je peux maintenant essayer de témoigner objectivement sur les génies respectifs de Pierre et Blanche. Lui avait celui de la parole, elle celui de l'écoute."

Henry Bauchau

Anouck Cape mène ici à bien un projet déjà ancien de Bauchau qui, dès le milieu des années 1980, souhaitait évoquer sa rencontre avec la Sybille, puis les moments où il a côtoyé le couple Jouve.
Le livre débute par un entretien (juin 2011) avec Bauchau, puis propose, dans sa version intégrale inédite (celle du Cahier de l'Herne était incomplète), l'étude consacrée à "Pierre Jean Jouve en Engadine", ainsi que divers documents, souvenirs, notes, interventions, et s'achève par une correspondance. Ces divers éléments composent un "dossier", un ensemble d'archives variées dont Pierre Jean Jouve est le sujet le plus visible, et dont Blanche Reverchon est bien évidemment aux yeux de Bauchau, l'élément le plus essentiel.

La revue de presse : Sylvie Prioul - Le Nouvel Observateur du 3 janvier 2013

L'auteur de «l'Enfant bleu» et du «Boulevard périphérique» aurait eu cent ans en janvier 2013, s'il n'était mort en septembre dernier. Il était entré en écriture, il l'a souvent raconté, grâce à la psychanalyse - surtout grâce à sa psychanalyste, Blanche Reverchon, épouse de Pierre Jean Jouve. Blanche est au coeur de ce recueil de textes, articles et lettres, elle en est la figure rayonnante et forte.

La revue de presse : Aliette Armel - Le Magazine Littéraire, novembre 2012

Jusqu'à la fin de sa longue vie, Henry Bauchau a été fidèle au souvenir de Blanche Reverchon. Psychanalyste, elle a transformé son existence en lui désignant l'écriture comme principale source d'énergie et de sens. «On avait en face de soi, écrit-il, une femme avec tous ses pouvoirs et, en plus, le poli du temps. On savait que dans une existence antérieure, ou peut-être dans celle-ci par le jeu des images, elle avait exercé la magistrature profonde et proféré les paroles de la terre.» En hommage à ces facultés peu ordinaires, il l'avait surnommée la Sibylle...
Le dossier publié aujourd'hui permet d'accéder à un ensemble d'entretiens, de textes et de correspondances inédits ou jusqu'ici épars, mais surtout il révèle un étonnant jeu de miroirs où se réfracte l'image de personnalités fascinantes composant deux couples, Henry et Laure Bauchau, Pierre Jean Jouve et Blanche Reverchon, hommes écrivains et épouses «intermédiaires entre [eux] et le monde» dont le rôle dans l'oeuvre de leurs conjoints reste encore à découvrir.

La revue de presse : Arnaud Cathrine - Le Monde du 15 novembre 2012

Henry Bauchau a consacré l'essentiel de sa vie à l'écriture et à la psychanalyse. De ce double cheminement intérieur, de ces deux pratiques tout à fait conjointes, il a été question dans nombre de ses publications, à commencer par les six tomes de son journal. Bauchau sera toutefois mort, le 21 septembre, avec le regret de n'avoir jamais consacré un livre à part entière à l'écrivain Pierre Jean Jouve et surtout à sa femme, la psychanalyste Blanche Reverchon, qui a joué un rôle prépondérant dans le " choix " de ces deux vocations. Cet hommage, ce retour aux sources restera un " livre jamais écrit ". Il y avait pourtant songé à intervalles réguliers, l'esquissant, renonçant, compensant par l'écriture d'articles, de poèmes... C'est précisément ce matériau composite qu'Anouck Cape a rassemblé dans Pierre et Blanche, augmenté d'un entretien donné par l'écrivain en 2011 et d'un choix de lettres. Ce kaléidoscope (qui narre tout autant une naissance à la littérature et à la psychanalyse qu'une longue amitié) méritait amplement d'exister, car ce que l'on y découvre est proprement étonnant, si peu orthodoxe : romanesque.

La revue de presse : Bruno Frappat - La Croix du 21 novembre 2012

Jouve écrivit ces vers magnifiques : «Le poète ne dit qu'un seul mot toute sa vie/Quand il parvient à le desceller des orages». Ce «seul mot» n'est pas un mot seul, isolable, jeté une fois pour toutes, c'est un mystère lové au creux de l'intériorité. Et qui résonne avec celle des autres. Pour Bauchau, poète, auteur dramatique et romancier, ce «mot» aussi existe et il tenta de le «desceller». Quant aux «orages», il les voit agissant au plus profond de l'inconscient, dans les souvenirs d'enfance retravaillés, dans les presciences de la mythologie grecque, dans les faits et méfaits de Gengis Khan, dans les peintures de L'Enfant bleu, etc. Dans son oeuvre il a peu parlé de Blanche Revermont, la Sibylle sacrifiée à l'éminence de son mari et qui ne produisit elle-même que fort peu de textes. Sans doute cette discrétion, finalement rompue par cette parution posthume de souvenirs, est-elle la meilleure manière de rendre grâce à celle sans laquelle nous n'aurions eu ni Jouve... ni Bauchau.

Retrouvez la fiche complète sur le choix des libraires

Mots-clés :

Aucun mot-clé.