"1Q84 Volume 3, Octobre-décembre" de Haruki Murakami chez Belfond (Paris, France)

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Publié le 24 octobre 2012.

Résumé

Ils ne le savaient pas alors, mais c'était là l'unique lieu parfait en ce monde. Un lieu totalement isolé et le seul pourtant à n'être pas aux couleurs de la solitude.

Le Livre 3 fait entendre une nouvelle voix, celle d'Ushikawa.

Et pose d'autres questions : quel est ce père qui sans cesse revient frapper à notre porte ? La réalité est-elle jamais véritable ? Et le temps, cette illusion, à jamais perdu ?

Sous les deux lunes de 1Q84, Aomamé et Tengo ne sont plus seuls...

Né à Kyoto en 1949 et élevé à Kobe, Haruki Murakami rencontre le succès avec son premier livre, Écoute le chant du vent (1979, non traduit), qui lui vaut de remporter le prix Gunzo. Sont parus chez Belfond, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil (2002), Les Amants du Spoutnik (2003), Kafka sur le rivage (2006), Le Passage de la nuit (2007), La Ballade de l'impossible (2007), L'éléphant s'évapore (2008), Saules aveugles, femme endormie (2008), Autoportrait de l'auteur en coureur de fond (2009), Sommeil (2010) - tous repris en poche chez 10/18 -, 1Q84 Livres 1 et 2 (2011) et Chroniques de l'oiseau à ressort (2012). Plusieurs fois favori pour le Nobel de littérature, Haruki Murakami a reçu le prestigieux Yomiuri Literary Prize, le prix Kafka 2006 et le prix Jérusalem de la liberté de l'individu dans la société en 2009.

Courier des auteurs le 18/10/2012

Les réponses d'Hélène Morita, traductrice de Haruki Murakami

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis née en Algérie, de ce fait ouverte / confrontée dès l'enfance à une culture autre, à une écriture autre. Par un transfert de passion, en quelque sorte, je me suis profondément passionnée pour "le Japon" et ses cultures (toutes : la traditionnelle, et les contemporaines) dès mon plus jeune âge (7,8 ans). J'avais décidé que j'irais vivre et travailler dans ce pays, ce que j'ai fait, durant une dizaine d'années, comme professeur de langue et de littérature françaises. Puis, peu à peu, j'ai découvert, en langue originale, des écrivains japonais, en particulier Miyazawa Kenji, que j'ai entrepris de traduire (six recueils de nouvelles parus aux éditions du Serpent à Plumes). Puis ce fut le tour de Natsume Sôseki, d'Osamu Dazai, d'autres encore, jusqu'à ce que les éditions Belfond me demandent de traduire Murakami Haruki.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
1Q84, tomes 1, 2, 3 (jusqu'à présent). Y aura-t-il une suite ? Ou un "prologue" ? Je ne suis pas dans la confidence, à ce jour. Le thème central, pour moi : L'amour inconditionnel dans un monde tordu, plein de fureurs et de violence, où il n'y a "aucune logique et pas assez de bonté". Le temps retrouvé, hors de toute temporalité, celui de l'amour.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Sans lumière, il n'y a pas d'ombre, sans ombre, pas de lumière"

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
"Its only a Paper Moon..."

5) Avez-vous des rituels de traductrice ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Aucun rituel, si ce n'est que je suis "du matin". Je travaille beaucoup mieux aux petites heures du jour. Et puis, au cours de la journée, ma tête s'alourdit et s'embrouille. Le soir, mieux vaut faire autre chose...Je suis très mélomane, mais il m'est impossible d'écouter de la musique en traduisant, en écrivant. C'est l'un ou l'autre.

6) Comment vous vient l'inspiration, lors d'une traduction ?
Après des heures de travail intensif, survient parfois la "grâce" de l'inspiration, au moment de l'endormissement, entre conscience diurne et rêve éveillé... La bonne phrase, ou la bonne expression, ou le mot juste, ou le rythme exact...

7) Comment l'écriture et la traduction sont-elles entrées dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai et traduirai des livres» ?
J'ai toujours pensé, enfant, "un jour, j'écrirai". "Mes" livres n'ont pas trouvé d'éditeur. Mes textes traduits, oui.

8) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Sans hiérarchie aucune, et parmi bien d'autres : "Le Journal" d'Anne Frank, "les Illuminations" de Rimbaud, "les Mémoires d'une jeune fille rangée" de Simone de Beauvoir, "Au-dessous du volcan" de Malcolm Lowry.

9) Savez-vous à quoi servent les écrivains, et les traducteurs ? !
Les écrivains/traducteurs nous aident à vivre.

10) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Je dois avouer qu'elles ont tenu une très grande place... autrefois. J'aimais le silence, le recueillement de mise dans ces temples de la culture, où l'on osait à peine chuchoter en feuilletant respectueusement les livres (et encore, beaucoup avaient des pages "non coupées", ce qui renforçait leur mystère). Je me souviens en particulier de la librairie Arthaud, à Grenoble, où j'ai vécu adolescente... Que dire aujourd'hui ? Non, franchement, je préfère égrener le nostalgique "je me souviens"...

La revue de presse : Corinne Renou-Nativel - La Croix du 15 mars 2012

Le souffle court, l'attention aiguisée par plus de 1 000 pages de rebondissements et de développements inattendus, les lecteurs des deux premiers tomes de 1Q84 avaient laissé leurs héros dans des situations en apparence diamétralement opposées. Au chevet de son père dans le coma, Tengo, professeur de mathématiques et écrivain, nègre du roman à succès La Chrysalide de l'air, avait vu se former un cocon identique à celui qu'il avait décrit dans le livre...
À la lisière entre réalisme et fantastique, le récit continue de se déployer ; il explore les laideurs et les peurs du temps, le pouvoir de la littérature d'où peut naître la réalité, l'amour comme seul remède à la solitude et à la cruauté. Tengo et Aomamé mènent leurs existences séparés par le réel, reliés par la pensée, en cherchant à tâtons l'autre et l'échappatoire à un monde où brillent deux lunes.

La revue de presse : Marine Landrot - Télérama du 13 mars 2012

Créatures extraterrestres légères comme l'air, les deux héros gémellaires, Tengo et Aomamé, marchent en funambules sur le cours du temps, filant vers la mort à coups de sauts périlleux, retournant vers la douceur intra-utérine par la grâce de roulades prostrées, déjouant la paralysie du présent par la force de leur âme voyageuse...
Plus intimiste, plus secret, ce troisième volet est ­celui de l'enfermement avant l'éclosion. Haruki Murakami y tire un rideau de lumière sur une saga ténébreuse, qui révèlera ses secrets au fil d'éternelles relectures.

La revue de presse : André Clavel - L'Express, mars 2012

Pour traverser les miroirs et aller gamberger dans le Grand Ailleurs, le mot de passe tient en quatre syllabes : Murakami. Ce Japonais volant n'a pas son pareil, en effet, pour distiller les nectars d'une oeuvre délicieusement somnambulique, de bout en bout hypnotique. Quand on lit cette oeuvre-là, il faut accepter de sortir des rails de la normalité, avant de se frotter aux mondes illusoires dont Murakami est l'explorateur le plus délicat...
"Il n'y a aucune logique, et pas assez de bonté", ajoute Murakami, qui, à la confusion de son temps, oppose la transparence immaculée du rêve. Là où scintillent deux lunes sous le regard tutélaire de l'oiseau de Minerve, "la chouette savante qui nous dispense la sagesse de la nuit".

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