Les fans d’Harry Potter risquent d’être déçus s’ils se ruent sur The Casual Vacancy (Une place à prendre, en français). Le nouveau livre de J.K. Rowling, publié en anglais ce jeudi, est non seulement une fable sociale noire destinée aux adultes, mais serait loin d’être aussi haletant que sa célèbre saga qui a ensorcelé la planète.
La presse anglo-saxonne est déçue dans l’ensemble. A commencer par le New York Times, qui descend le livre de A à Z dans sa critique. «Il n’y a pas de magie dans ce livre – en termes de sorcellerie ou en terme de narration», écrit la journaliste Michiko Kakutani, qui insiste sur le fait qu’elle n’a pas été transportée par les nouveaux héros «moldus» de J.K. Rowling. Elle parle d’un monde «banal», rempli de «clichés»: «Ce n’est pas seulement décevant, c’est sans intérêt», lance-t-elle. L’intrigue d’Une place à prendre se déroule dans un village anglais imaginaire, Pagford, en proie à d’âpres luttes politiques après la mort soudaine d’un conseiller municipal, Barry Fairbrother. J.K. Rowling a truffé son récit de «préservatif», de «couilles» et de «vagin». Le New York Times va jusqu’à comparer l’histoire avec un «soap opéra noir». «Beaucoup d’auteurs ont décrit des scènes de vie de petites villes donnant à des existences ordinaires des émotions profondes. Hélas, ce n’est pas le cas ici», ajoute le journal américain, qui finit par conseiller à l’auteure britannique de se consacrer à autre chose plutôt qu’à une suite de cette histoire.
«Le sort a été rompu»
De son côté, le Los Angeles Times, n’est pas plus tendre avec J.K. Rowling. «Le livre a pour ambition d’être une satire de la culture contemporaine – avec des références au sexe et aux drogues (…) – mais offre finalement une caricature». «Rowling sait comment créer un univers fascinant, mais Pagford n’en est pas un», conclut le critique David Ulin, qui pense que le roman «manque de profondeur». Le Huffington Post américain, lui, souligne que le livre est «bien écrit» en opposition avec la torture narrative qu’est Fifty Shades of Grey (un peu facile). Mais le critique affirme qu’il n’aurait pas autant suscité l’attention du public s’il n’avait pas été écrit par J.K. Rowling, en raison de l’intrigue qui tourne beaucoup autour de la politique. Le New York Daily News n’épargne pas non plus l’auteure: «La force de J.K. Rowling n'a jamais été sa prose. C'était sa capacité à créer des personnages inoubliables et de tisser des histoires haletantes. La magie n'est pas là dans ‘Une place à prendre’. Le sort a été rompu.»
La presse anglaise se montre beaucoup plus clémente avec l’auteure d’Harry Potter. Theo Tait, le critique du Guardian, met en avant le récit «solide» de The Casual Vacancy et donne l’impression de s’être immergé avec plaisir dans ce nouvel univers noir peuplé d’adultes mesquins à la Vernon et Pétunia Dursley, l’oncle et la tante d’Harry Potter qui l’avaient enfermé à double tour sous l’escalier. «Le cauchemar claustrophobe est réussi», écrit le journal britannique. Toutefois, Theo Tait ajoute que «l'intrigue est souvent prévisible et repose sur des mécanismes artificiels» et que le roman «n’est pas un chef-d’œuvre» même s’il n’est «pas mal». Le critique reconnaît qu’Une place à prendre ne mérite pas toute l’excitation médiatique qui règne ces derniers jours. Le Telegraph, lui, a mis trois étoiles (sur cinq) à Une place à prendre, même s’il souligne des faiblesses.
«Beaucoup trop long»
Plus critique, le DailyMail se démarque de ses confrères en écrivant que le livre, qui fait 503 pages, est «beaucoup trop long», qu’il est «difficile d’entrer dans l’histoire» et que la série de personnages imaginés par J.K. Rowling entraîne la «confusion».
Mais cela n’empêchera certainement pas à son nouveau roman de devenir un best-seller. J.K. Rowling dispose d’une base de fans immense. Le roman aurait atteint un million d'exemplaires de pré-commande cette semaine, et les libraires s'attendent à ce qu'il soit le livre de fiction le plus vendu de l'année outre-Manche.
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