"La grande bleue" de Nathalie Démoulin chez Rouergue (Arles, France)

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Publié le 3 janvier 2013.

Résumé

En 1967, en Franche-Comté, Marie est encore lycéenne quand elle tombe amoureuse d'un jeune bûcheron, se retrouve enceinte et se marie. Alors qu'elle rêvait d'une «vie à soi», différente de celle de sa mère, à l'âge de vingt ans elle a déjà deux enfants, et comme nombre de jeunes filles d'origine populaire de l'époque, son destin est tracé. Le jeune couple quitte sa forêt natale pour une HLM de Vesoul, et tous deux entrent à l'usine, chez Peugeot. Au travers des dix années qui suivent, c'est le grand basculement de l'après-68 que Nathalie Démoulin nous raconte, celui de la condition des femmes et de la classe ouvrière. Dans ce roman d'une vie, elle tisse remarquablement histoire intime et extime, pour nous raconter les destins de Marie et de ses proches - notamment celui de son frère Ivan, détruit par la guerre d'Algérie et qui finira par rejoindre le Front National. Avec minutie, elle dépeint ces années 70 si proches et si lointaines désormais, durant lesquelles la France a basculé de l'utopie à la crise. Un roman «historique» qui nous éclaire sur les temps actuels.

Nathalie Démoulin est née en 1968 à Besançon. Elle est l'auteur de deux romans publiés dans la brune : Après la forêt (2005) et Ton nom argentin (2007).

Le mot de l'auteur

Nostalgie des années 1970, on en parle en ce début des années 2010. Nostalgie d'années de "libération" qui apparaissent peut-être tel un éden, années de soleil, utopies, musique disco. Vie facile ? Ce roman est né d'une envie de retour. Retour sur ce mot d'ouvrier qu'enfant je n'arrivais pas à définir, répondant par périphrases lorsque Ton me demandait quel métier faisaient mes parents. Retour sur ce qu'aurait pu être une vie de femme, ayant quitté l'école sans diplôme, commençant sa vie d'adulte par deux grossesses, revêtant ce bleu d'ouvrière. Une vie au néon, à la force du poignet. Vie ingrate ? Non, une vie où continuent de pousser des rêves, et dans laquelle s'ouvrent des impossibles, puisque ces femmes des années 1970, jusque dans les usines, auront été des pionnières.

Le choix des libraires : choisi le 03/11/2012 par Valérie Simonnot de la librairie DU PARC / ACTES SUD à Paris, France

La grande bleue est un roman dont chaque chapitre égrène une année de la vie de Marie, de 1967 à 1978.
Marie a dix-sept ans, elle vit en Franche-Comté, et elle fait la folle avec sa meilleure amie Delphine. Mais l'avenir qui se profile devant elles, c'est l'usine.
Puis Marie rencontre Michel, bûcheron, tombe enceinte et se marie à dix-huit ans.
Le train-train de la vie de famille s'installe, entrecoupé de visites à Ivan, le frère de Marie, qui a été interné en hôpital psychiatrique après son retour d'Algérie.
Marie va devenir ouvrière chez Peugeot.
Il y aura aussi les vacances dans le sud de la France, les retrouvailles avec Delphine qui a rejoint le mouvement des ouvriers de Lip...
Marie rêve d'une autre vie, pourtant son destin semble tout tracé par sa condition sociale...
C'est toute une époque que Nathalie Démoulin décrit en filigrane : les années 70, tous les chamboulements qui s'y passent, et la condition ouvrière.
Chronique sociale, portrait de femme, La grande bleue est tout ça à la fois, servi par une magnifique écriture.

Le choix des libraires : choisi le 31/08/2012 par Max Buvry de la librairie VAUX LIVRES à VAUX-LE-PÉNIL, France

Marie est lycéenne en 1967 en Franche-Comté et espère en une vie différente de celle de sa mère. Amoureuse, elle se marie puis tombe rapidement enceinte, et à 20 ans a déjà deux enfants. Son destin et son quotidien semblent écrits, encadrés : les parents, le mariage, le travail, la famille... «La grande bleue» retrace année par année douze ans de son existence mais aussi de toute une génération de femmes des années 70, ces femmes ouvrières confrontées au monde du travail, découvrant la contraception et rêvant d'une autre vie. Avec minutie et dans une écriture limpide, Nathalie Démoulin implique le lecteur dans ce quotidien hésitant, dans les luttes permanentes pour une liberté qui se paiera parfois au prix fort, dans les lourdes conséquences de la guerre d'Algérie pour les hommes qui y participèrent mais aussi pour leurs proches, elle décrit également les relations et l'ambiance dans le monde du travail qui préfigurent parfaitement les tensions actuelles. Un témoignage parfaitement romancé du basculement de la vie des femmes après 68 qui grâce à leur audace et à leur volonté, à leur discrétion et à leur fragilité, sauront se construire et rêver des vies nouvelles en refusant de les subir.

La revue de presse : Jean-Claude Raspiengeas - La Croix du 3 janvier 2013

La lente métamorphose de Marie, ouvrière dans les années 1970 en Franche-Comté, quand les utopies se heurtent au mur de la crise...
Avec une langue qui adoucit l'âpreté des vies provinciales, bornées par un horizon d'usines, sans grandes perspectives, Nathalie Démoulin restitue l'humble dignité d'un peuple éternellement assigné à l'espace étroit de sa résignation. Jusqu'au moment où la rébellion intérieure et la chaleur de la solidarité, dans les grèves, brisent ce carcan et laissent entrevoir de possibles lignes de fuite. Un beau roman, peuplé de figures proches (une collègue de travail, un frère en perdition, un mari dont on s'éloigne), dont le souvenir entêtant accompagne longtemps le lecteur. Comme un murmure persistant.

La revue de presse : Delphine Peras - L'Express, octobre 2012

A travers une tranche de vie, balisée entre 1967 et 1978, Nathalie Démoulin nous conte les bouleversements de toute une époque vus du milieu ouvrier : l'exode rural, l'installation en HLM, les premières vacances à la mer, le recours à la pilule, le divorce...
De Lip aux séquelles de la guerre d'Algérie, d'Arlette Laguiller à Sylvie Vartan, de la 2 CV à la 204, la romancière restitue très finement ce pan de la mémoire collective.

La revue de presse : Muriel Steinmetz - L'Humanité du 27 septembre 2012

Nathalie Démoulin décrit cette époque des années soixante-dix avec la minutie de l'historien. Elle remercie en fin d'ouvrage « les témoignages de ses proches » qui ont nourri ce texte. C'est dire si cette histoire la touche de près et même au coeur. Le grand mérite de la Grande Bleue n'est-il pas dans l'hommage ému que Nathalie Démoulin rend en creux à une femme d'invention terriblement plausible, à laquelle elle parvient à donner chair et esprit. Marie, qui ose à peine dire « je », emploie le plus souvent le mot « on ». Cela signifie qu'elle ne peut se penser que comme un moi effacé au milieu d'un collectif anonyme.

La revue de presse : Marine Landrot - Télérama du 12 septembre 2012

Le pouvoir d'envoûtement de ce livre rare vient de son écriture, irréprochablement maîtrisée, inventive de bout en bout...
A la fois brusques et minutieuses, ses phrases ont l'art de dépecer le réel, pour laisser jaillir le fond de toute chose. Pas un mot de trop, la parole danse, du coq à l'âne. Gracieuse et endiablée, elle saute d'une vérité à l'autre. La guerre d'Algérie, les grèves chez Peugeot ou chez Lip, les mouvements de luttes féminines : même combat solitaire, même chaos dans les consciences, éternellement livrées à elles-mêmes. Au plus noir du désespoir, la force du combat se fait sentir, imperceptiblement, comme si chaque battement de coeur était une guerre personnelle dont il faut savourer le triomphe.

La revue de presse : Xavier Houssin - Le Monde du 6 septembre 2012

Le roman est bouleversant, parce que proche et vrai. Les temps se rejoignent. Ne savions-nous plus à quel point ces destins, ces moments, aujourd'hui, nous ressemblent ?

Retrouvez la fiche complète sur le choix des libraires

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