Les Immortelles, ce sont les prostituées de Port-au-Prince. L'une d'elles prend à parti l'inconnu monté la voir au bordel. Apprenant qu'il est écrivain, elle lui propose un marché : contre son corps, écrire l'histoire des putains défuntes, emportées par le séisme sous les décombres de béton. D'une surtout : la petite, la fugueuse Shakira venue sous son aile un jour dans la haine de sa bigote de mère. De la belle et orgueilleuse Shakira toute pénétrée d'une passion dévorante pour Jacques Stephen Alexis, l'immense écrivain qui fait battre le coeur d'Haïti. Shakira la révoltée devenue la plus convoitée des putains de la Grand-Rue.
Avec ce roman de feu, qui marie le Ciel et l'Enfer, la transgression par le sexe et la mort atteint à la plus authentique humanité, la plus bouleversante, celle qu'aucune morale ne contrefait.
Avec une liberté absolue de ton, Makenzy Orcel prête voix à tout un monde. «La petite. Elle le disait souvent. Les personnages dans les livres ne meurent jamais. Sont les maîtres du temps.»
Aux lendemains du tremblement de terre qui a secoué Port-au-Prince avec la même force destructrice que la bombe d'Hiroshima, Makenzy Orcel a écrit les Immortelles pour dire la folie de vivre malgré l'épouvante autant que pour livrer le plus insolent témoignage face à l'apocalypse.
Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Les Immortelles est son premier roman.
Les immortelles constitue le résultat d'un marché entre un écrivain et une prostituée à Port-au-Prince. Un corps, un sexe contre la transcription d'un témoignage sur un monde que le dernier tremblement de terre a éprouvé, garder mémoire des femmes prostituées disparues, ne pas les oublier. Histoire de la belle et très convoitée Shakira, amoureuse d'un écrivain et des livres pourtant étrangers à ce monde. Brûlot vif, percutant, direct, cru, dérangeant, à la forme et au style singuliers.
Tout a un prix - et ce ne sont certainement pas Les Immortelles de Port-au-Prince qui vous diront le contraire - mais tout ne se paye pas uniquement avec de l'argent...
Pour enfin parler de toutes celles qui ont été oubliées lors du séisme de janvier 2010, une femme n'hésite pas à vendre son corps - comme elle l'a fait tant de fois - contre la promesse de l'écriture d'un livre.
Un univers marquant pour un livre plein de colère face à l'injustice.
Une prostituée haïtienne, au lendemain du grand tremblement de terre, propose son corps à un écrivain en échange de la promesse d'écrire son récit. Elle raconte la rue, la misère, l'offrande des corps lorsqu'il ne reste que ça à donner. Elle raconte aussi son amour à cette jeune fille qu'elle a prise sous son aile et qu'elle a vu mourir. Et bien sûr le tremblement de terre.
Un récit coup de poing qui n'épargne pas. Une écriture hachée, égratignée, qui dépeint avec justesse et sensibilité ces destins détruits. Remarquable.
«La chose», cette indicible catastrophe sur Haïti comme ne peut le dire autrement Makenzy Orcel.
La plume trempée dans la colère, hors tout, dans la Grand Rue, celle des Putes, d'une si belle humanité, dont l'une confie à l'écrivain l'histoire de Shakira, la «Petite», nouvelle venue, qu'elle a recueillie, couvée puis à qui elle a enseigné le métier. Tu écris, dit-elle, après je te donnerai tout. Shakira si jeune, 12 ans, boulimique de livres, douze ans, face à la nuit, libre d'être seule, amoureuse d'un érudit de passage. Tu écris, la détestation de sa mère trop chrétienne. Tu écris, le père trop cogneur. Tu écris, le trésor caché que je rechercherai. Tu écris, toi l'écrivain, l'horreur emprisonnée sous le béton au moment de «La chose». Tu écris, tu mets les mots, toi l'écrivain, oui, tu écris, pour la rendre immortelle.
"La petite, elle le disait souvent. Les personnages dans les livres ne meurent jamais".
Éblouissant et fulgurant.
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