La sacoche toujours à la main, Pierre Pluta a une passion, le judo, et mène un combat, la défense des amiantés.
La sacoche toujours à la main, Pierre Pluta a une passion, le judo, et mène un combat, la défense des amiantés. - ALEXANDRE GELEBART / 20 MINUTESM. Libert / 20 Minutes

Gilles Durand

Au milieu des veuves de l'amiante, Pierre Pluta est comme chez lui. Mardi, il a pu enfin leur annoncer une bonne nouvelle. Président d'une association de victimes de l'amiante (Ardeva) basée à Dunkerque, il a appris de la bouche de la nouvelle ministre de la Santé que le fonds d'indemnisation de ces victimes (FIVA) renonçait à son action en justice. Depuis plusieurs mois, le FIVA réclamait à 660 victimes une partie des indemnités versées. « Certaines veuves qui ont perdu leur mari à cause de l'amiante, ont vu débarquer les huissiers, c'est scandaleux », s'insurge Pierre Pluta.
Voilà quinze ans que cet ancien des Chantiers navals de Dunkerque s'est définitivement engagé dans le combat contre l'amiante. Quinze ans qu'il harcèle les ministres pour faire valoir les droits des amiantés. « Vous êtes déjà indemnisés, que voulez-vous de plus ? Voilà les propos indécents qu'un collaborateur de l'ancienne garde des Sceaux, Rachida Dati, nous a dits un jour ».
La révolte commence en 1987 quand les Chantiers ferment leurs portes. Il a 42 ans et cherche du travail lorsqu'il apprend, lors d'un examen médical pour devenir ambulancier, qu'il est atteint d'asbestose, maladie chronique des poumons. « Je ne savais même pas avoir été exposé à l'amiante dans mon travail. C'était ça, la neige qui tombait autour de nous », se souvient-il. Il devra vivre avec « ce poison dans les poumons qui tue dix personnes par jour en France ».

« Les entreprises doivent payer »
A l'époque, il n'existe aucune association de défense. Il en crée une avec l'aide du chercheur Henri Pézerat, qui avait alerté sur les dangers dans les années 70. Aujourd'hui, 2 500 familles dunkerquoises y adhèrent. « C'était nouveau pour moi qui n'avais jamais milité », avoue-t-il. Mais le Dunkerquois est du genre tenace. « Mon premier entraîneur de judo, quand j'étais petit, me disait toujours : “N'abandonne jamais ! ” ». L'injustice, il choisit de la combattre dès son plus jeune âge. « J'avais douze ans, se souvient-il. Mon père avait eu un accident au retour du boulot. La Sécu refusait de reconnaître l'accident de travail. J'y suis allé pour râler. Les employés m'ont ri au nez. Pourtant, à force d'insister, j'ai réussi à voir le directeur et je l'ai convaincu. » Sa première victoire. La prochaine, il espère qu'elle sera judiciaire. « Toutes les entreprises responsables de cette catastrophe sanitaire doivent payer, assène Pierre Pluta. Je mènerai le combat avec les veuves tant que je pourrai ».