Six des vingt-huit maisons de l'îlot seront occupées en juin, et six autres doivent ouvrir en octobre.
Six des vingt-huit maisons de l'îlot seront occupées en juin, et six autres doivent ouvrir en octobre.

Gaëtane Deljurie

C'est le projet emblématique du grand chantier de reconquête urbaine du quartier de L'Union à Tourcoing. Mardi soir, un verre de l'amitié a été organisé pour accueillir officiellement les premiers nouveaux arrivants de l'îlot Stephenson. Habitante du quartier depuis 1962, Marguerite Parent-Deltour, présidente de l'association Rase pas mon quartier, se réjouit de voir arriver du sang neuf : « Certains articles de presse parlaient d'un quartier pauvre et âgé. Si de jeunes couples et familles s'installent, notre image changera », soupire la femme de 79 ans, qui s'est battue depuis la première heure pour que le quartier ne soit pas détruit.

Les habitants associés aux travaux
Début juin, six premières familles investiront des maisons 1900, louées par le bailleur social Lille Métropole Habitat et entièrement éco-rénovées. « Quand j'ai vu le quartier délabré, je me suis dit qu'on ne pourrait pas habiter là », se souvient Véronique Masia. Mais c'était avant de découvrir le projet de rénovation. « Je ne connaissais absolument pas le quartier. Puis quand on nous a expliqué les travaux qui allaient y être entrepris, on a été séduit », sourit l'aide médico-psychologique de 40 ans. Il faut dire que les maisons ont été littéralement transformées, grâce au talent des architectes du projet : « Nous avons construit des extensions, rehaussé les toitures, fait entrer la lumière pour des maisons plus fonctionnelles », détaille Marie Blanckaert, architecte de l'Atelier Electrique. Les futurs habitants du quartier ont été associés dès le début des travaux de rénovation. « On a choisi avec eux le type de revêtement de sol, les couleurs des peintures, l'emplacement des prises, etc. », souligne Loïc Julienne, de l'association d'architectes Construire. « Nous sommes persuadés que les locataires auront plus de respect pour un logement qu'ils ont co-construits. »Des habitants arrivent, d'autres déménagent. Début avril, les Roms qui vivaient au pied de la tour Mercure ont levé le camp. « Le deal avec la SEM Ville Renouvelée, qui prêtait le terrain pour un an contre une occupation responsable, a été respecté », explique Guy Fournier, président de la Ligue des droits de l'homme de Tourcoing. « Ils sont partis dans le calme. » Un départ qui soulage certains : « Ils ne sont pas méchants, dit une commerçante. Mais ils quémandent et salissent. » « On a eu des vols, je n'osais plus laisser mes enfants sortir », témoigne une voisine. « Tant qu'ils n'auront pas de conditions de séjour décentes, ils s'intégreront mal », commente Guy Fournier. Le gros des familles expulsées, avec de nombreux enfants scolarisés à Tourcoing, s'est déplacé à l'autre bout de l'Union, sur la commune de Roubaix. « Ils retrouvent la sur-précarité qui prévalait avant leur séjour à Mercure », estime Christine Nieuwjaert, de l'association Areas qui fait le lien entre Roms et services sociaux. Pas de commentaire côté Lille Métropole, qui gère le dossier Roms dans le secteur.A. P.

Prix

L'éco-rénovation des 28 maisons de l'îlot Stephenson aura coûté entre 1200 et 1900 € du m2. Ces maisons, désormais labellisées Bâtiments basse consommation (BBC), n'auront besoin que de 75 et 95 kwh/m2/an (soit entre 825 € et 1 045 € de charges par an pour une surface de 100 m2).