Le deuxième effet de la crise est moins évident à repérer que les fermetures d'usine. A Lille, les procédures de saisies immobilières ont explosé : multipliées par trois en un an, de 118 en 2009 à 327 l'an passé. « Ce sont essentiellement des particuliers en difficulté face à leur emprunt », note Gérard Flamant, le juge qui suit ces dossiers « parfois très durs » au tribunal de grande instance. Ainsi Patrick, 51 ans, va peut-être devoir quitter sa maison de Wattrelos. L'adjudication, c'est-à-dire la vente aux enchères, a été fixée au mois de mai. Cet ouvrier au chômage y vit avec sa femme et ses deux enfants depuis 24 ans. « On a assez galéré pour l'avoir, ils ne l'auront pas », s'insurge-t-il. Il doit 18 000 € à sa banque.
« Formés pour faire pression »
Depuis la crise, les banquiers ont l'œil. Quelques échéances non payées, voire « une demie », selon l'avocate Isabelle Collinet-Marchal, et l'emprunteur fait face au service contentieux. « Des gens formés pour faire pression », s'agace Émilie Repusseau, juriste à la CLCV, une asso de défense des consommateurs.
Pour Roger, c'est « une machine à broyer, sans dialogue possible ». Surendetté à cause d'un commerce lancé en pleine crise, il n'a stoppé la saisie de sa maison que jusqu'à la fin de l'année.
Le retournement est douloureux. Car il y a quelques années, les banques se bousculaient pour prêter. Résultat : un « laisser-aller », remarque Xavier Dekock, du réseau d'agences immobilières Sergic. Lui pointe les « packages » proposés par les courtiers aux banques, mélangeant de bons dossiers avec d'autres, plus fragiles. « Peut-être qu'on est allés trop loin avec le financement à 100 % (sans apport), mais c'est la responsabilité des banques », rétorque Jean-Bernard Valade, président du syndicat des courtiers en prêts. Aucun des établissements bancaires contactés par 20 Minutes n'a souhaité répondre.
Selon le baromètre de l'agence Efficity, le pouvoir d'achat immobilier à Lille a baissé de 9,6 % en 2010. La surface d'un bien pouvant être achetée pour une mensualité de 1000 € sur 20 ans (avec un apport de 50 000 €) s'établit désormais à 85 m2, ou 95 m2 pour un budget global de 250 000 €.