Deux cent cinquante corps sont autopsiés chaque année dans les sous-sols du CHRU.
Deux cent cinquante corps sont autopsiés chaque année dans les sous-sols du CHRU. - M.LIBERT / 20 MINUTES

Thierry Bitzbach

Ça ressemble à un bloc opératoire, mais l'odeur abominable trahit la fonction du lieu. Au centre hospitalier régional (CHR) de Lille, le sous-sol de l'Institut médico-légal (IMS) abrite deux salles de dissection. À mi-chemin entre une table d'opération et une baignoire, leurs trois tables en aluminium accueillent chaque année 250 corps à des fins d'autopsie. Bientôt ce sera le double : dans le cadre de la réforme de l'institution médico-légale, qui vise à mutualiser les moyens, le centre lillois sera bientôt le seul à pratiquer les autopsies à l'échelle régionale. Les autres antennes, installées dans les principales villes de la région, continueront d'expertiser les vivants, victimes de violences. Reportage dans l'un des principaux rouages de l'enquête criminelle.

« On passe tout en revue »
Les as du scalpel interviennent à la demande de la justice pour identifier un corps ou rechercher les causes du décès. Comme cette fois où la victime d'un accident de la route portait étrangement la marque de sa ceinture de sécurité à gauche. L'autopsie a révélé qu'elle avait en fait été étranglée. À chaque fois, la procédure est identique, rigoureuse : « Même si la victime a pris une balle dans le ventre, on passe tout en revue, de la tête aux orteils », confie Valéry Hédouin. Pour le responsable de l'IMS, l'examen externe reste primordial : « L'observation sert à formuler des hypothèses qu'on valide à la dissection. » Un exercice technique, parfois long et difficile. « Le plus dur est de déterminer, lorsque la victime a reçu plusieurs coups de couteau, la trajectoire et les lésions provoquées par chacun d'entre eux. Et dire lequel a été fatal », estime Anne Bécart, experte auprès de la cour de Cassation. Dans 20 % des cas, l'autopsie ne permet de pas d'établir les causes du décès. Des examens toxicologiques et anatomopathologiques (étude des organes au microscope) sont alors diligentés. Ils suffisent généralement à établir s'il y a eu, ou non, implication d'un tiers. La Justice peut alors passer.

Restitution

La remise en état du corps est une obligation de la médecine légale. Les médecins légistes restituent à la famille une dépouille présentable, mais avec des coutures apparentes. « Quelques fois, le corps arrive déjà extrêmement dégradé et la restauration est très délicate », confie Valéry Hédouin. Fin 2008, la morgue de Lens avait fermé à la suite d'une enquête administrative. Un mari avait déposé plainte après avoir découvert que le corps de sa femme n'avait pas été recousu.