Gilles Durand

« Qu'est ce que c'est que ce vautour ? » La maire de Lille, Martine Aubry, va avoir le temps d'apprendre à reconnaître le faucon pèlerin. La municipalité présentait hier le premier nichoir à rapaces* qu'elle vient d'installer sur le clocher de l'église du Sacré-Cœur, à l'intersection des rues Nationale et Solférino.
« Les premières observations de faucons pèlerins datent du mois d'avril », explique Cyrille Pradal, conseiller municipal lillois (Verts) chargé de la biodiversité. A l'époque, un couple avait élu domicile au sommet de la tour Lille Europe, mais des travaux de réfection du bâtiment l'avaient délogé. « On peut penser que ce rapace était déjà venu s'installer à Lille il y a deux ou trois ans », souligne André Berton, du Groupe ornithologique et naturaliste du Nord (GON).
Alors qu'il avait quasiment disparu dans les années 70, le faucon pèlerin est donc de retour. « On n'y aurait jamais cru il y a trente ans : c'est la cerise sur le gâteau pour la biodiversité dans la métropole », témoigne l'ornithologue Philippe Vanardois. Rien ne dit que les faucons lillois viendront effectivement nicher à cet endroit au printemps prochain, mais on sait que le Sacré-Cœur lui sert de restaurant. Or, le menu n'est pas toujours du goût des colombophiles.
Car contrairement au faucon crécerelle, amateur de petits rongeurs, le pèlerin raffole de pigeons. « Il ne trouve plus assez de proies dans la nature, alors il repère les colombiers et s'attaque aux pigeons voyageurs », déplore Jean-Luc Dernoncourt, conseiller technique à la fédération de colombophilie. Dans le Nord, avec cinq ou six couples répertoriées, les dégâts restent marginaux, mais les colombophiles se mobilisent. « Il faut réguler la prolifération de ces rapaces », affirme Jean-Luc Dernoncourt qui souhaite que le préjudice soit pris en compte par la justice. « A 500 € le pigeon, c'est une perte importante », confirme José Taquet, président de la section recherche scientifique à la fédération. Certains champions atteignent même les 150 000 €. « Mais à ce prix-là, ils sont plus rapides que les faucons », plaisante Philippe Vanardois. En attendant, les coulons (pigeons en patois) de l'église peuvent compter leurs abattis.