La guerre de l'eau aura bien lieu à Lille

politique LMCU a décidé de revoir de fond en comble le contrat qui la lie à Suez via les Eaux du Nord

Olivier Aballain

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Le prix de l'eau ne variera pas pour le consommateur malgré les sommes en jeu

Le prix de l'eau ne variera pas pour le consommateur malgré les sommes en jeu — E. Delpierre / 20 Minutes

L'eau de la métropole prend un goût un peu salé pour Suez et sa filiale des Eaux du Nord. La communauté urbaine de Lille a dévoilé hier le projet d'avenant au contrat qui la lie jusqu'en 2015 à la société de distribution des eaux. « Ce contrat n'avait pas été passé dans des conditions normales en 1985 », a expliqué hier Alain Cacheux, le vice-président (PS) de LMCU. Malgré la négociation déjà intervenue en 1997, Alain Cacheux veut donc encore rectifier le tir. Et il n'y va pas de main morte. Outre une baisse de 10 % du prix de l'eau imposé à Suez, l'avenant réclame de l'opérateur le versement de 115,7 millions d'euros dès le 30 septembre 2009. « Inconcevable » pour Philippe Dupraz, le PDG des Eaux du Nord, qui envisage un recours au tribunal administratif. Explications.
La baisse de prix : 10 %. Selon les calculs de LMCU, le taux de profit des Eaux du Nord sur le contrat lillois est passé en dix ans de 5,6 à 10,8 % grâce aux gains de productivité. Ce que contestent les Eaux du Nord, en invoquant des « charges financières ». Quoi qu'il en soit, la baisse exigée par LMCU ne se verra pas sur la facture, puisqu'elle sera compensée au centime près par une hausse de la redevance d'assainissement. « Dommage, c'est une occasion perdue » pour Robert Bréhon, de l'asso UFC-Que Choisir.
La valise : 115,7 millions d'euros. C'est un vieux dossier, celui du « milliard » (de francs) de provisions pour travaux versés par la collectivité avant 1996. Non utilisée, la somme avait été pointée par la chambre régionale des comptes en 1997. Les Eaux du Nord avaient accepté d'investir 156,7 millions d'euros de plus sur le réseau jusqu'en 2015. Eric Darques, président de l'asso Eau Secours, n'a eu de cesse de réclamer leur rétrocession au contribuable. LMCU lui emboîte en partie le pas : les services communautaires considèrent la provision comme un prêt et ont calculé les intérêts courant depuis 1997. À un taux majoré, pour tenir compte du retard pris dans les travaux. Ce que contestent les Eaux du Nord, indiquant que « la majorité des travaux programmés ont été réalisés depuis 1997 ». Selon nos informations, pour la commission d'arbitrage entre les deux parties, le juste prix serait plutôt compris entre 29 et 45 millions d'euros. « Là on pourrait discuter », estime Philippe Dupraz.

echéance

LMCU souhaite également avancer de dix mois la fin du contrat. En application d'une loi de février 1995 qui limitait à vingt ans les contrats de délégation de ce type, l'échéance fixée à décembre 2015 serait ramenée à février 2015.

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