A 50 ans, Christian Bauzerand aspire vraisemblablement à se poser enfin. Après quatre ans à la cour d'appel de Douai, son retour au TA de Lille pourrait être la dernière étape professionnelle. « Je me sens bien ici, on n'est qu'à une heure de Paris. »
Le magistrat est sans frontières. Une « boule de vie » comme le définit un de ses anciens collègues. Un homme qui pilote des avions, conduit des péniches, monte à cheval, adore l'opéra et a onze déménagements et deux mariages au compteur ne peut rêver que d'horizons lointains. Ce globe-trotter a sillonné le monde pour porter la bonne parole du droit français à Berlin, Moscou, Kaliningrad, en Bosnie, en Ukraine, au Liban... Et même dans la république russe de Kalmoukie.
Dans son petit bureau du tribunal administratif (TA) lillois, il se sent forcément à l'étroit. Installé depuis un mois et demi comme rapporteur public, il mène avec la même ardeur les dossiers d'urbanisme et d'environnement, que celle qu'il avait manifestée pour la création d'une juridiction administrative en Palestine. Un projet auquel il a participé entre 2003 et 2005 pour aider ce territoire « à devenir un Etat de droit et acquérir l'indépendance qui leur a été promise en 1994 ». « Une des plus belles missions de ma vie, se souvient-il. Je suis arrivé à Gaza City, avec deux valises, sans parler un mot d'arabe. » Au lieu de l'immense terrain vague qu'il imagine, une vie universitaire très riche s'offre à lui. Mais aussi un système judiciaire complexe, jonglant entre les pratiques ottomanes, britanniques, jordaniennes et égyptiennes. « Comprendre comment ça fonctionnait était déjà un projet ambitieux », avoue Christian Bauzerand. De temps en temps, sa femme, rencontrée à Lille, et son fils viennent lui rendre visite à Gaza ou Jérusalem. Même pas peur. « On a du mal à se rendre compte combien une ville comme Ramallah peut être sympa. » Pourtant, même pour un diplomate, la situation n'est pas toujours rose : des heures d'attente aux checkpoints et des soldats israéliens qui le mettent « régulièrement en joue ».
Aussi fructueuse fut-elle sur le plan personnel, l'expérience laisse un goût d'inachevé. « La victoire aux élections du Hamas à Gaza en 2006 a gelé toute collaboration avec les pays occidentaux, note-t-il. Du programme initial, il ne reste qu'un projet de journal officiel sécurisé. » Y retourner un jour ? « Peut-être l'an prochain, pour superviser les élections », espère-t-il timidement. W