Au jeu des comparaisons, l'artiste pourrait décrocher le titre de Samuel Beckett de la danse. Auteur qui, d'ailleurs, fait partie de ses nombreuses références littéraires. Avec son sens de l'ironie et de l'absurde, Josef Nadj s'est imposé depuis une vingtaine d'années comme l'une des grandes figures de la danse contemporaine, poursuivant, pièce après pièce, une réflexion sur l'identité. Sa dernière création, Entracte, semble obéir à la même démarche. Et comme d'habitude, l'intellect et la symbolique sont davantage sollicités que l'émotion, d'où une frustration possible chez le spectateur non averti.
Avec Entracte, Josef Nadj emprunte le chemin du Livre des transformations, oeuvre fondatrice de la civilisation chinoise. Le principe général : tout change tout le temps. Le spectacle aussi. Le chorégraphe passe en revue par saynètes très courtes les 64 hexagrammes du livre, ces symboles qui définissent des notions diverses et variées telles que l'obstacle ou la contemplation. Résultat : soixante-quatre minutes de spectacle interprétées par quatre danseurs et quatre musiciens installés au milieu de la scène.
Composée par le saxophoniste de jazz Akosh Szelevényi, la musique se mêle à l'art plastique pour offrir un drôle de bal un peu macabre. Pieds nus et costume noir de rigueur - la marque de fabrique de Nadj - les danseurs jouent les marionnettes désarticulées au milieu de boîtes et de cages. Déroutant. Surtout sans les clés. Pour les fans du chorégraphe, qui ont raté en mars la représentation à l'Opéra de Lille, Maubeuge propose une séance de rattrapage.
Gilles Durand
8 à 11 eur. Demain à 20 h, au Manègede Maubeuge. 03 27 65 65 40.