Hier, place de la République à Lille. Il est 18 h 30 et ils sont une cinquantaine à se mettre en cercle, remontant leurs écharpes pour se cacher une partie du visage. Aucun son ne sortira de leurs bouches durant l'heure qui va suivre, « parce qu'il est des situations devant lesquelles on reste sans voix », explique Emile Reyns, membre du Groupe de réflexion interreligieux pour l'aide aux migrants (Griam), le collectif organisateur du « cercle de silence ».
Le principe de la manifestation, née à Toulouse en 2007 à l'initiative des franciscains et reprise depuis dans une centaine d'autres villes, est simple : une heure de silence pour que « la France redevienne le pays des droits de l'homme ». Ces mots, écrits en bleu et rouge sur une grande banderole, interpellent les badauds. Certains choisissent d'entrer dans le cercle, d'autres interrogent les militants. Deux d'entre eux distribuent des tracts et expliquent les abus dont sont victimes les sans-papiers. Elisée et Minana, 17 ans, sont « admiratifs ». Remarquant la moyenne d'âge, plutôt élevée, des participants au cercle, Elisée est catégorique : « Les jeunes ne sont pas présents parce qu'ils ne sont pas au courant, sinon ils seraient solidaires. »
Le cercle atteint peu à peu une centaine de participants, immobiles et silencieux dans le froid. Caroline et Greg, 25 et 29 ans, sont surpris : « C'est un moyen original, plus efficace, parce qu'avec l'habitude, on ne regardait même plus les manifestants pour les sans-papiers. » A 19 h, une dame fait un pas en arrière, puis un autre : « Une heure, c'est long, lâche-t-elle. Mais je vais revenir ! » ■