Le hareng sort, les pêcheurs communient

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Publié le 23 février 2009.

Saucisson à l'ail et canettes de bière. Il n'est que 9 h 22. Dans le TER Lille-Dunkerque, les carnavaleux prennent un p'tit déj de champion avant d'attaquer les Trois Joyeuses, les trois jours du carnaval. Nicolas, chapeau à fleurs et maquillage soigné, admire religieusement la foule bigarrée qui grimpe à chaque arrêt. Hazebrouck, Bergues... « Il y a cinq ans, on n'était que trois déguisés dans le train. Les gens nous regardaient de travers. » Sur la place de la gare, il a de quoi être fier de ses bas résille vert fluo. Sous le ciel gris, ce sont, en fait, les moins colorés qui font tache.

Le carnaval a ses rites. Traditionnellement, c'est la bande des pêcheurs qui ouvre le bal le dimanche après-midi. Pour l'attendre, les masquelours (carnavaleux) suivent un régime à base de houblon dans tous les bistrots de la ville. Boulevard Sainte-Barbe, Le Poisson rouge n'échappe pas à la règle. Le bocal a largement débordé. Et les clients picolent allègrement sur la chaussée. « Papa, t'es complètement bourré ! », s'exclame un gamin de 7 ans face à son père qui titube. Pas d'inquiétude, pendant les Trois Joyeuses, les règles de circulation changent. Le piéton reste prioritaire sur la voiture. Les enfants sont déguisés en Arlequin, les mamies portent des perruques roses. Et, bien sûr, les hommes se sont travestis en femmes. Entre 40 000 et 50 000 personnes environ.

De chapelle en chapelle (lire ci- dessous), les masquelours rejoignent la place Vauban. L'office commence à 15 h. Les pêcheurs s'ébrouent dans les rues. Derrière le tambour-major, les cirés jaunes donnent la mesure au son des fifres, des cuivres et des tambours. Les premiers rangs chahutent violemment. Quelques audacieux qui veulent s'y mêler tombent. « On n'est pas là par hasard, il faut de la prestance, de l'expérience et des réseaux », assure Yves, 54 ans, carnavaleux de « première ligne ». Ceux de seconde agitent leurs berguenards (parapluies) et suivent le mouvement jusqu'à l'hôtel de ville. Au balcon, le maire et ses adjoints s'apprêtent à jeter par-dessus bord plus de 500 kg de kippers (harengs) et six homards en plastique, échangeables contre des vrais. La marée jaune, rose et vert fluo ondule, la bouche ouverte et les yeux en l'air.

Du haut de sa statue, Jean Bart regarde ce spectacle d'un oeil amusé. La vague humaine reflue justement dans sa direction pour entamer la danse finale sur des chants grivois. « Le rigodon, j'en ai ras le bol. Je n'y vais pas, lâche, amer, Régis, 49 ans. C'est devenu un truc à touristes. Et il n'y a plus de respect dans la bande. » Sur la place de la Marine, les assos carnavalesques ont même organisé, pour la première fois, un antirigodon. C'est qu'on ne badine pas avec les traditions. ■

Vincent Vantighem (avec Edouard Lemerle, Aurore Malval et Claire Hohweyer)
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