Frank Berton est du genre tenace. Pugnace, même. Hier, l'avocat a déposé une requête sur le bureau du juge Gounot l'incitant à rouvrir, une nouvelle fois, l'enquête sur l'affaire Adahchour.
En juillet 2005, la section antiterroriste de la Direction de la surveillance du territoire (DST) avait débarqué à 6 h du matin chez la famille Adahchour. Soupçonnés de nourrir des liens avec le terrorisme international, le père et le fils avaient été interpellés et placés en garde à vue, avant d'être relâchés. Mais, planqués dans les buissons, deux journalistes n'avaient pas manqué de filmer toute la scène. « Je veux toujours savoir qui leur a balancé l'info. Mes clients ont été présentés, à tort, comme des terroristes, explique Frank Berton. La violation du secret de l'instruction est caractérisée. »
Si les fuites sont en effet reconnues, l'enquête n'a jamais permis de savoir qui en était à l'origine. Le 28 novembre dernier, le juge d'instruction a donc refermé le dossier, après avoir auditionné six nouveaux témoins. Parmi eux : le commissaire divisionnaire de la DST, la chargée des opérations de la police lilloise... Et même Jean-Louis Bruguière, le célèbre juge antiterroriste. Le 2 mai 2008, il s'est rendu discrètement au palais de justice de Lille pour préciser qu'il n'avait aucune information sur l'origine des fuites. « Maître Berton n'a qu'à demander au patron de la DST », aurait-il dit au juge.
Faire interroger l'ex n°1 de la DST, c'est justement ce que réclame Frank Berton depuis plus de trois ans. Patron de la DST de 2002 à 2007, Pierre de Bousquet de Florian a depuis fait un passage à la préfecture des Hauts-de-Seine. Mais en janvier dernier, c'est à Arras qu'il a posé ses valises, en qualité préfet du Pas-de-Calais. « Rien ne saurait entraver la manifestation de la vérité », conclut Frank Berton dans sa lettre au juge. ■