Fiodor Rilov, tsar du barreau, star des ouvriers

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Publié le 3 décembre 2008.

LILLE - Cet avocat défend les salariés du bassin minier du Nord... Il a fait condamner trois multinationales...

Rue Monsieur-le-Prince. En plein coeur du quartier latin, à Paris. L'adresse du cabinet de Fiodor Rilov résume, à elle seule, le locataire des lieux. Il porte un prénom de tsar, mais c'est pour changer l'ordre établi que l'avocat s'est spécialisé dans le droit du travail.

A 38 ans, il vient de faire condamner trois multinationales. A chaque fois, en défendant les salariés du bassin minier licenciés de façon « abusive ». Stora Enso, l'une des papeteries les plus importantes au monde, est la dernière à en avoir fait les frais. C'était lundi, aux prud'hommes d'Arras. Avant elle, Samsonite, numéro un mondial du bagage, et Sublistatic, leader européen du carton, avaient connu le même sort.

Costume sobre, regard froid : l'homme n'est pourtant pas du genre à s'enflammer. « Ces victoires ne représentent pas grand-chose au regard du désastre social et des milliers de licenciement en cours.» Communiste depuis ses 17 ans, il ne compte donc pas s'en arrêter là. «Durant mes études à la Sorbonne, je me suis rendu compte que le droit n'était pas utilisé pour défendre les salariés. Que les grands groupes étrangers se croyaient tout puissants. Mais il suffit de prouver le lien entre leurs profits pharaoniques et les fermetures d'usine. Ou plutôt, l'absence de lien...» Pas toujours évident.

Il recueille des preuves sur les lieux de travail, en France ou à l'étranger. Méticuleusement. Et il les livre aux magistrats. Proprement. A l'image de son bureau, aux murs nus et aux dossiers alignés. Seules une mèche folle sur son large front et quelques peintures aux murs perturbent cet environnement très ordonné. Les deux sont un héritage familial. «Mon père a quitté la Russie pour aller en Palestine, et s'est engagé dans l'armée britannique pour combattre les nazis. Il a fini sa vie comme peintre à Paris.» Sa mère, elle, était allemande. Lui est né à Londres, et a appris l'anglais et l'allemand avant le français. «Je me sens chez moi dans les usines, avec les salariés qui se battent», lâche-t-il dans un sourire.

Voix nasillarde, solide carrure, ce père de deux enfants pourrait paraître suffisant. «Il a le contact hyper facile, tranche Karine Capron, ex-salariée de Sublistatic. Il nous brosse toujours simplement le tableau, qu'il soit blanc ou noir.» Il continuera quand les multinationales feront appel de ses jugements. «On aura encore plus de preuves.» Idem au Parti communiste, où il compte poursuivre son action. Mais du côté des militants, pas de la direction. Il a même fondé un courant : «Colère et espoir».

Vincent Vantighem
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