«Un véritable séisme.» Agriculteur à Tressin, Hervé Brabant ne mâche pas ses mots pour évoquer la restructuration en cours de la filière betteravière. Alors que la récolte 2008 débute aujourd'hui, la morosité est de mise pour les 6 650 exploitants du Nord-Pas-de-Calais. L'an dernier, il étaient plus de 8 000... Mais la réduction d'un quart des quotas européens de production de sucre a fait mal. Pour preuve, la sucrerie de Marconnelle, près d'Hesdin, a été fermée.
«Notre sentiment est le même qu'un ouvrier dont l'usine délocalise la production», ose Marc Turpin, président d'une coopérative du sud d'Arras. La pilule est d'autant plus rude à avaler que la betterave a toujours offert le rendement le plus juteux dans la région.
Pour couronner le tout, la récolte à venir s'annonce mauvaise. «La betterave est une usine qui transforme le soleil en sucre. Alors quand il manque le soleil...», lance Marc Turpin. A la Confédération générale des betteraviers, on pense donc à ressortir les vieilles solutions. La betterave d'hiver, qui permettrait de prolonger la période de récolte, et bien sûr la betterave OGM. Interdite de culture en Europe, elle est toutefois présentée comme le futur standard à l'horizon 2020 par le semencier KWS. Le bouclier s'est d'ailleurs fissuré l'an dernier, quand Bruxelles en a autorisé l'importation depuis les Etats-Unis.