Au porc ou aux crevettes, c'était 15 centimes d'euros le ravioli. Le tribunal correctionnel de Lille examinait, hier, une sombre affaire de raviolis dans laquelle comparaissaient treize Chinois. Dans une cave de la rue Jules-Guesde à Wazemmes, deux d'entre eux ont reconnu avoir préparé clandestinement et pendant quatre ans des milliers de bouchées vapeur. Les autres accusés - tous des restaurateurs - sont soupçonnés d'avoir commercialisé la marchandise. « Dans cette cave, le sol était sale, les murs mal entretenus. Il n'y avait rien pour se laver les mains », décrit Jean-Marc Défossez, le président, après avoir buté trois fois sur le nom des prévenus. Enceinte jusqu'au cou, Xiaodan, la cuisinière, écoute la traduction et avoue. « J'en préparais entre 200 et 300 par jour. » Son mari, Wanlu, assurait l'encaissement et la livraison en vélo. « On en avait besoin pour vivre », lâche la frêle jeune femme. Leur loyer, fixé par leur beau-frère, s'élevait à 520 euros. Parfois, Wanlu et Xiaodan n'avaient pas assez. « Alors on lui donnait des raviolis. Il a un restaurant aussi... » Tout en idéogrammes, le business a été consigné dans cinq carnets à petits carreaux. La police a remonté la piste. Elle a découvert le nom de Wei, soupçonné d'avoir acheté 33 000 raviolis en moins de quatre mois. « Il y a 4 raviolis dans le menu vapeur, décrit Christian Hanus, son avocat. Même avec quarante clients en moyenne par jour, il a dû en bouffer du ravioli ! » Vient ensuite le tour de Zidi. Elle ne parle que le wenzhou, un dialecte du sud de Pékin. Pas la traductrice. Le fils de Zidi est donc appelé à la barre. A voix basse, il explique à sa mère qu'on l'accuse d'avoir acheté 17 000 raviolis. « J'ai toujours acheté mes raviolis à Paris », se défend-elle. Derrière son pupitre, le président Défossez contre-attaque. « Mais, c'est bien votre numéro que la police a traduit dans les carnets ? » L'interprète corrige : « On ne traduit pas les chiffres. On les écrit de la même manière en Chinois et en Français. » Après un long silence, le procureur requiert deux mois de prison avec sursis contre Wanlu et Xiaodan et 2 000 euros d'amende avec sursis contre quatre restaurateurs. Le délibéré sera rendu le 10 octobre.