« Ils risquent de transformer l'Europe en désert industriel »

0 contributions
Publié le 9 juillet 2008.

Daniel Percheron

Daniel Percheron

Président (PS) du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais.

Pourquoi intentez-vous cette action en justice contre la commission européenne ?

C'est une question de principe. On est vraiment au coeur du débat sur la nature de l'Europe et sur sa dérive financière. Neelie Kroes [commissaire européenne à la concurrence] a estimé que le prêt accordé en 2005 par la région à Arbel Fauvet Rail était une aide déguisée. Pour elle et pour la commission, lorsque l'entreprise allait mal, nous aurions dû lui enfoncer la tête sous l'eau en lui prêtant de l'argent à un taux très élevé. Elle n'accepte pas que la région ait pris un risque en faveur de l'une des dernières entreprises de cette envergure en Europe qui fabrique du matériel de fret ferroviaire. Quatre cents emplois !

La commissaire estime que cette aide a constitué une distorsion de concurrence vis-à-vis des autres entreprises européennes du secteur. Est-ce un mauvais argument ?

Ce n'est pas notre vision des choses. Si on a eu tort d'aider au sauvetage d'AFR, alors on n'a plus qu'à se cacher. A quoi servirait le conseil régional ? Dans une région déjà tellement éprouvée, qui sortait d'un Metaleurop, nous avions décidé de stopper la danse tragique du patron voyou et du politique impuissant. Et pourtant, je peux vous dire qu'à l'époque, on se préparait déjà à la bonne vieille routine du malheur, le plan social, les retraites anticipées, les manifestations républicaines... Ah non, pas un bouton n'aurait manqué à la jaquette des élus pour regretter une énième fermeture d'usine ! Nous avons surmonté cela, avec la communauté d'agglomération du Douaisis. L'actionnaire principal d'AFR a fait des efforts, l'Etat a fait des efforts, un nouveau cadre a été recruté chez AFR. Aujourd'hui, cette entreprise a trouvé un nouvel élan, et profite à plein du boom du transport ferroviaire. Et il aurait fallu la laisser fermer ?

Ne prenez-vous pas le risque de dégrader vos relations avec la commission européenne, qui aide pourtant souvent les régions ?

Je n'ai plus aucune confiance dans les commissaires européens. Barroso [président de la commission européenne], Kroes, Mandelson [commissaire européen au commerce], ce sont de fidèles serviteurs du capitalisme mondialisé. Sous prétexte de défendre le consommateur, ils risquent de transformer l'Europe en désert industriel. Il n'y a plus qu'un marché qui submerge les nations, mais je ne suis pas certain que les Européens veuillent cela. Non vraiment, je ne regrette pas d'avoir voté non au référendum de 2005. Regardez, même l'Irlande, qui est riche grâce à l'Europe, a voté non. Ça ne m'étonne pas.

Recueilli par Olivier Aballain - ©2008 20 minutes
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
publicité
publicité
Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr