Pour les profs de philo, c'est l'impasse. Réunis hier à Douai, au moins un tiers des 220 enseignants nordistes chargés de corriger le bac de philosophie ont décidé de retarder de quatre heures la transmission des notes au rectorat de Lille. Une action qui ne devrait avoir aucune conséquence sur l'affichage des résultats de l'examen, vendredi matin. Les professeurs protestent ainsi symboliquement contre la réduction drastique de leurs délais de correction. Et s'inquiètent de l'avenir de leur discipline au lycée, alors que le ministre de l'Education, Xavier Darcos (UMP), doit dévoiler le 10 juillet son projet de « lycée à la carte ».
Cette année, le ministère a allumé la mèche en reculant de cinq jours l'épreuve de philo pour l'accoler aux autres. Avec cinq jours de correction en moins, il en reste neuf pour viser 100 à 150 copies par correcteur. Stakhanov au programme de terminale ? « Je dois corriger deux fois plus de copies par jour qu'il y a dix ans », expliquait hier Jean-François Dejours, du lycée Condorcet de Lens. Mickaël Bohuon, du lycée Pasteur à Hénin-Beaumont, a son explication : « Le gouvernement perçoit la philo comme subversive, parce qu'elle incite l'élève à réfléchir par lui-même. Les sujets sont adaptés, les corrections tronquées pour la transformer en un enseignement technique, avec des doctrines à ingurgiter. » Même menace pour Stéphane Enjalran, du lycée Malraux à Béthune : voir la discipline perdre son âme « philosophique » dans l'instauration d'un « tronc commun » d'acquis indispensables. « C'est dommage, témoigne Olivier Verseau, enseignant au lycée Pasteur de Lille. Les élèves aiment notre matière. »