« Victime expiatoire », « procès politique », « lampiste ». Les commentaires des magistrats et d'anciens avocats d'Outreau sur les sanctions sévères demandées à l'encontre du procureur de Boulogne-sur-Mer, hier, étaient acerbes. Gérald Lesigne comparaissait depuis lundi devant son instance disciplinaire, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), pour déterminer le rôle qu'il a joué dans le naufrage judiciaire d'Outreau.
Le représentant du ministère de la Justice a réclamé « le retrait de [ses] fonctions et son déplacement d'office ». Après trois jours de débats, Léonard Bernard de la Gatinais, directeur des services judiciaires, a estimé que le magistrat avait « gravement manqué à ses devoirs de chef de parquet ». « Plus d'une soixantaine de magistrats ont eu ce dossier entre les mains, a réagi Julien Delarue, avocat de Daniel Legrand (père et fils) aux procès d'Outreau. Comment se fait-il que Gérald Lesigne et le juge Burgaud soient les seuls inquiétés ? » Il est rejoint par Blandine Lejeune, avocate de l'abbé Dominique Wiel : « L'un des principaux problèmes portant sur la détention provisoire, il est extraordinaire qu'aucun juge de la liberté et des détentions n'ait été entendu. » Le syndicat de la magistrature regrette de son côté que l'on ait « extrait le procureur de la chaîne pénale, sans toucher à la hiérarchie ». « La procédure disciplinaire a glissé sur la chambre de l'instruction comme l'eau sur les plumes d'un canard », conclut Julien Delarue. Hier, le parquet de la cour d'appel de Douai refusait de s'exprimer.