Procès de Claude Hermant: L'indic était-il en service commandé?

JUSTICE Lundi, au TGI de Lille, s’ouvrait le procès d’un vaste trafic d’armes entre la Belgique, la Slovénie et la France…

Mikael Libert

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Claude Hermant affirme avoir été un «indic» des gendarmes.

Claude Hermant affirme avoir été un «indic» des gendarmes. — B.Chibane / SIPA

  • Claude Hermant, le personnage «transversal» dans ce dossier.
  • Dans quelle mesure la gendarmerie était au courant de ce trafic d’armes ?
  • Les témoignages des militaires attendus en huis clos, mercredi.

Plusieurs pays, dix prévenus, davantage d’avocats, un ancien juge antiterroriste, des gendarmes, une barbouze… C’est, en substance, le menu du procès qui s’est ouvert ce lundi matin devant le tribunal correctionnel de Lille. Mais, comme l’a rappelé le président du tribunal, Marc Trévidic, c’est bel et bien Claude Hermant qui est la figure « transversale » dans toute cette affaire. Ce même Claude Hermant qui affirme avoir agi sous couvert de son statut d'« indic » pour les gendarmes et les douaniers.

Les gendarmes étaient-ils au courant ?

Parvenir à prouver qu’il travaillait pour les gendarmes pourrait sauver la peau de Claude Hermant dans ce dossier de trafic d’armes. Ce sera tout le travail de ses avocats, qui semblent assez confiants sur le sujet : « Nous avons, entre autres, des échanges de mails et des preuves que mon client a reçu des rémunérations pour son travail d’informateur », assure maître Maxime Moulin.

D’ailleurs, à la lecture des faits, le président du tribunal lui-même apparaît convaincu de la chose : « Il semble acquis que Claude Hermant fournissait des informations aux forces de l’ordre, le problème est de savoir s’il a effectivement renseigné les gendarmes sur le trafic qui nous intéresse aujourd’hui. »

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Et ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est que, parmi toutes les armes neutralisées que Claude Hermant est accusé d’avoir achetées en Slovénie puis remilitarisées en France, au moins cinq d'entre elles se sont retrouvées entre les mains d’Amedy Coulibaly, l’auteur de l’attentat meurtrier de l’Hyper Cacher à Paris.

Quand ces armes ont été reliées à Claude Hermant, le secret défense a été levé sur une douzaine de pièces qui, entre 2013 et 2014, prouvent des rencontres physiques ou des entretiens téléphoniques entre le trafiquant présumé et les gendarmes de la section de recherche (SR). Et admettre que les gendarmes étaient au courant du trafic serait admettre, de facto, un gros loupé qui a permis au terroriste de se procurer des armes comme le révélait Médiapart en mars 2017.

Un « délinquant », pas un « agent secret »

Pour les deux représentants du Ministère public, cette histoire d’informateur est moins évidente : « On voudrait nous faire croire que ce n’est pas un délinquant mais un agent secret au service de l’Etat, martèle le procureur Jean-Philippe Navarre. Il y a beaucoup de fantasmes et de curiosité morbide qui n’ont rien a faire avec cette affaire. »

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Le fin mot de l’histoire pourrait être apporté, mercredi, par les témoignages de trois gendarmes de la SR dont la mission est, justement, la gestion des sources de renseignement. Ceux-ci ont demandé un huis clos pour leur passage à la barre. Demande à laquelle personne ne s’est opposé : « Si c’est le seul moyen d’obtenir des explications, nous n’allons pas aller contre », a commenté Maître Moulin. Reste à savoir ce qu’ils vont déclarer : « Peu de choses sont écrites dans les relations avec les ''tontons''. C’est souvent parole contre parole », confiait une source policière.