• Un projet d’implantation de six éoliennes doit voir le jour près d’Arras, sur un lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale.
  • Un Mémorial australien se trouve près du futur parc d’éoliennes.
  • Cet ancien champ de bataille abrite encore entre 3 et 4.000 corps de soldats qui n’ont jamais été retrouvés.

Drôle de manière de commémorer les morts de la Grand Guerre. Une polémique inédite entoure un projet d’implantation d’éoliennes dans le Pas-de-Calais. Le maire de Riencourt-lez-Cagnicourt, un village près d’Arras, voit d’un mauvais œil l’arrivée de ces six nouvelles ailes géantes sur sa commune et la commune voisine, Noreuil.

Un lieu de mémoire

D’abord parce que son village est « déjà encerclé » par les parcs éoliens, note Gérard Crutel. Mais surtout parce que le site d’implantation choisi est un lieu de mémoire : des milliers d’Australiens ont combattu sur cet ancien champ de bataille, en 1917, il y a tout juste cent ans.

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Le projet, porté cette fois par la société Eolis-Les quatre chemins, filiale d’Engie Green, avait déjà été rejeté par la municipalité en juillet 2015. A l’époque, un article était même paru dans la presse australienne pour dénoncer cette « profanation de sépultures », sans que l’ambassade d’Australie à Paris, toutefois, ne s’émeuve.

Le Memorial australien de Bullecourt, près d'Arras.
Le Memorial australien de Bullecourt, près d'Arras. - S. Brackman

Pourtant, à 600 mètres du futur parc éolien se dresse un Mémorial australien dédié aux quelque 10.000 victimes de la bataille de Bullecourt, le village voisin. Depuis plus de 30 ans, des cérémonies ont lieu chaque année avec la visite de centaines de familles venues du bout du monde pour honorer la mémoire de leurs morts tombés sur le sol français.

Un vaste cimetière

« La préservation du patrimoine et les enjeux paysagers étant essentiels pour les porteurs du projet, l’implantation a été définie de telle sorte que l’impact paysager soit minime par rapport au Mémorial. Nous sommes aussi en contact régulier et permanent avec l’ambassade d’Australie », se défend Engie Green.

Par ailleurs, le lieu est un vaste cimetière : environ 3 à 4.000 corps de soldats allemands, anglais ou australiens portés disparus durant cette bataille de 1917 n’ont jamais été retrouvés et gisent encore sous terre. L’existence de plusieurs fosses communes -comme celles découvertes à Fromelles, près de Lille, en 2008- est avérée mais la localisation reste difficile à cerner.

Inscription au Patrimoine mondiale de l’unesco ?

« Aux premiers coups de pioche, ils vont tomber sur des corps, c’est certain, témoigne un agriculteur du village. Combien de cadavres risquent d’être broyés par les bulldozers ? C’est triste, alors qu’on n’arrête pas de commémorer le sacrifice de tous ces soldats avec les cérémonies du centenaire. »

Ce projet d’éolienne s’inscrit aussi dans un contexte où les sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale font l’objet d’une demande d’inscription auPatrimoine mondial de l’Unesco. « La prochaine étape sera la présentation du projet auprès de la Commission Départementale de la Nature, des Paysages et des Sites, en présence de défenseurs du patrimoine, d’architectes des Bâtiments de France », explique Engie Green.

En attendant, la présentation au public du projet doit avoir lieu, vendredi soir à Noreuil, puis lundi à Riencourt. L’enquête publique doit se tenir du 27 septembre à la fin du mois d’octobre. Et les morts ne s’expriment pas.