Aisne: Les photos accablantes du rapport sur la prison de Château-Thierry

PRISON Les services de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, ont publié un rapport dénonçant les conditions de détention indignes à la prison de Château-Thierry (Aisne)...

O.A. avec AFP

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Une cellule de la maison centrale de Château-Thierry (Aisne) Lancer le diaporama

Une cellule de la maison centrale de Château-Thierry (Aisne) — Rapport de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté

  • La maison centrale du centre pénitentiaire de Château-Thierry renferme des personnes «inadaptées à la détention ordinaire».
  • Les services de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté y ont trouvé des condictions de détention indignes en 2015.
  • Le Gouvernement a promis d'y remédier.

Le constat date de 2015, mais il reste accablant pour le centre pénitentiaire de Château-Thierry (Aisne). Un récent rapport de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) dénonce les conditions de détention indignes observées dans cette maison centrale.

Injections forcées, exercice de la psychiatrie « plus coercitif que soignant », cellules jonchées d’ordures dans lesquelles se tiennent des détenus en état de « prostration » : le rapport pointe de nombreuses situations de non-conformité avec les standards sanitaires et pénitentiaires français. Les relations avec les surveillants y sont en revanche décrites plutôt positivement.

Environ 85 % des détenus devraient être à l’hôpital

Outre une trentaine de places en centre de détention classique, la prison de Château-Thierry contient surtout une centaine de lits réservés à des personnes « inadaptées à la détention ordinaire », mais qui ne sont pas prises en charge en milieu hospitalier.

Lors de la deuxième visite des émissaires de la CGLPL, 74 détenus étaient recensés dans la maison centrale (14 en centre de détention). Selon le rapport, 80 à 90 % de ces 74 détenus « relèveraient de l’hôpital psychiatrique » s’ils étaient libres, en raison de leur état psychotique grave.

Les photos prises sur place en disent long sur l’état de délabrement de certaines cellules, que leurs occupants « sont dans l’incapacité » d’entretenir du fait de leurs troubles mentaux. L’un de ces détenus, ne sortant jamais de sa cellule, a même été trouvé dans le noir, ayant obstrué sa fenêtre.

Exercice de la psychiatrie « contraire à la déontologie »

Le rapport, publié fin juillet mais passé relativement inaperçu, dénonce également un « exercice de la psychiatrie plus coercitif que soignant et contraire à la déontologie ». Les contrôleurs ont constaté le recours « fréquent » à une « pratique illégale » depuis 2011: les injections forcées, avec l’aide de surveillants équipés de tenues pare-coups et de boucliers.

Ils donnent l’exemple d’un patient pour qui une telle piqûre a été « prescrite et réalisée sans qu’un médecin ne l’ait ausculté ni même rencontré ». Un détenu leur a confié : « Je ne dis rien, je ne revendique pas, par crainte d’être piqué ».

Les auteurs du rapport décrivent en outre une équipe sanitaire insuffisante et « livrée à elle-même », soulignant qu'« aucun psychiatre n’est présent les mardis, jeudis et vendredis matin ».

En revanche, précisent les rédacteurs du rapport, « il existe une forme de proximité, d’estime et de dialogue singuliers » entre les détenus et le personnel de l’établissement.

« Faible attractivité du milieu pénitentiaire » pour les médecins

Les ministères concernés ont répondu à ce rapport par des « observations », transmises le 19 juin par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, et le 14 avril par Jean-Jacques Urvoas, alors garde des Sceaux.

La ministre de la Santé souligne qu’elle se heurte à un « facteur de difficulté majeure » : le manque de praticiens dans l’Aisne et la « faible attractivité » du milieu pénitentiaire pour les médecins. Mais promet une « présence effective médicale quotidienne » et des « pratiques professionnelles respectueuses du droit des patients ».

Depuis le passage de la CGLPL, un « protocole » a été établi pour les injections forcées : une personne détenue « en grande agitation et potentiellement dangereuse pour elle-même ou pour autrui » et refusant de prendre un médicament pourra recevoir une « première injection » en prison, qui devra être « concomitante » à une demande d’hospitalisation, assortie d’une demande de soins psychiatriques du préfet.

Rénovation à prévoir

Jean-Jacques Urvoas a assuré que les recommandations sur les soins sans consentement avaient été « entendues ».

« La grande vétusté de l’établissement justifierait d’importants travaux de rénovation », reconnaissait-il, évoquant de prochains « arbitrages » (choix budgétaires) sur certaines demandes de la direction de l’établissement.

L’administration pénitentiaire assure que la prison a engagé une « action volontariste » pour aider les détenus à rester propres et à nettoyer leurs cellules.

Un cinquième de la population carcérale totale est atteint de troubles

La situation des détenus atteints de troubles psychiatriques en France fait régulièrement l’objet de publications critiques. En 2006, le Comité consultatif national d’éthique avait réclamé que « la prison ne se substitue plus à l’hôpital psychiatrique », et en 2016 l’ONG Human Rights Watch avait dénoncé la « double peine » infligée aux personnes incarcérées et souffrant de troubles psychiques.

« Il existe des possibilités d’aménagement ou de suspension de peine » en cas de maladie mentale, indique à l’AFP François Bes, de la section française de l’Observatoire international des prisons (OIP), « mais ce n’est pas utilisé, on maintient en détention ».

L’OIP estime qu’au total, « plus de 20 % des personnes incarcérées sont atteintes de troubles psychotiques », et que « le taux de pathologies psychiatriques est 20 fois plus élevé en prison que dans la population générale ».