• Le Défenseur des droits dénonce la situation dans laquelle se trouvent les migrants exilés à Calais
  • Jacques Toubon parle d'atteintes «inédites» aux droits fondamentaux

Le Défenseur des droits n’abandonne pas sur le dossier calaisien. Dans un communiqué d’une rare virulence, Jacques Toubon dénonce à nouveau les « atteintes aux droits fondamentaux les plus élémentaires dont sont victimes les exilés » présents à Calais.

La déclaration du Défenseur des droits fait suite à la dernière visite de ses services sur place, le 12 juin. L’institution dit avoir constaté à Calais, auprès des migrants, « des atteintes aux droits fondamentaux d’une exceptionnelle et inédite gravité ».

Points d’eau supprimés

En ce moment, le nombre de personnes migrantes arrivées à Calais dans l’espoir de passer en Angleterre est estimé à 500-600, alors qu’il n’y en avait que quelques dizaines après l’évacuation du campement géant de la « jungle » fin octobre.

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« Tous les points d’eau ayant été supprimés, les migrants ne peuvent pas se laver, ni même boire », pose le texte, confirmant les informations déjà transmises depuis plusieurs mois par les associations œuvrant sur place.

Un paragraphe entier de la déclaration indignée du Défenseur des droits est d’ailleurs consacré à la « pression » mise par les autorités sur ces associations. Le document évoque même une enquête en cours sur des « entraves » commises à l’encontre des associations et de mineurs souhaitant accéder à des douches mises en place par le Secours Catholique.

Médecins du monde dénonce des pressions sans précédent

La maire (LR) de Calais, Natacha Bouchart, a utilisé le réseau social Twitter pour estimer que « Monsieur Toubon ne connaît pas Calais » et demander au défenseur des droits de « défendre les Calaisiens qui attendent qu’on leur rende le respect de leur ville au quotidien ». 

Par voie de communiqué, la préfecture du Pas-de-Calais rappelle, en écho, que «l'objectif des pouvoirs publics est d'éviter sur ce territoire la réapparition de campements permanents, afin de préserver l'ordre public et la sécurité». Concernant les distributions de repas, la préfecture assure qu'elles sont «possibles» mais «limitées dans l'espace et dans le temps pour ne pas conduire à la réapparition de points de fixation».

Cependant à Médecins du Monde, le responsable des activités pour la France, Mathieu Quinette, confirme que « le niveau de non-accueil sur Calais est effectivement sans-précédent ». « Ce n’est pas une crise des migrants que connaît la France, c’est une crise de l’accueil. » « Beaucoup des pathologies que nous observons sont liées aux mauvaises conditions de vie et d’hygiène. »

Mathieu Quinette cite un exemple à l’appui du constat effectué par le Défenseur des Droits : « Le 6 juin à 19h30, pour la première fois, à ma connaissance, depuis que nous opérons sur place, une consultation dans une clinique mobile a été interrompue par les CRS, l’un d’eux n’hésitant pas à ouvrir la porte pour en extraire la personne qui se faisait soigner. »

Le préfet Fabien Sudry réaffirme de son côté son «soutien» aux forces de l'ordre, qui selon lui «effectuent avec discernement et professionnalime un travail difficile dans le respect du droit». 

Quoi qu'il en soit, pour Médecins du monde, l’avis exprimé par le Défenseur des Droits « a beaucoup de poids, il est écouté. Ce n’est pas juste la déclaration d’acteurs associatifs, cela formalise un état de fait qui peut permettre de monter au créneau ensuite au niveau juridique. »

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En novembre 2015, à la suite d’une plainte de plusieurs associations, l’État français avait été condamné à améliorer les conditions de vie des migrants réfugiés dans la « jungle ».

Mise à jour 15/06: Ajout des déclarations de la préfecture du Pas-de-Calais