Lille: Transpole ne gagne rien sur certaines pubs dans le métro

SOCIÉTÉ Des écrans digitaux sont exploités « gratuitement » par la société Clear Channel dans les transports en commun de la métropole…

Mikael Libert

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Les panneaux publicitaires dans la station de métro Lille-Flandres.

Les panneaux publicitaires dans la station de métro Lille-Flandres. — Clear Channel

  • Treize écrans digitaux ont été installés dans des stations de métro et tramway
  • Une association dénonce le côté invasif de ces panneaux publicitaires
  • Kéolis ne perçoit aucune redevance sur le chiffre d’affaires

Un contrat en or. La société Clear Channel avait remporté, en 2005, un appel d’offres pour gérer l’offre publicitaire dans les transports en commun de la Métropole européenne de Lille (MEL). En novembre 2016, les deux parties ont signé un avenant à ce contrat relatif à l’installation de supports numériques publicitaires dans trois stations de métro et une station de tramway. Le collectif résistance à l’agression publicitaire (RAP) dénonce l’absence de contrepartie financière pour Kéolis.

En début d’année, les habitués de certaines stations de métro y ont vu pousser de gros totems publicitaires numériques. En tout, la société Clear Channel en a installé 13 : quatre à Rihour, six à Lille-Flandres, deux à république et un à l’arrêt de tramway Romarin. Il s’agit d’écrans haute définition dont les modèles en 75 pouces font 2,7m de haut sur 1,37m de large et qui diffusent des spots publicitaires.

Des « supports particulièrement énergivores »

Dans son rôle, le collectif RAP estime que ces écrans sont particulièrement invasifs en proposant une sollicitation en continu. « Diffuser des pubs pour des 4x4 dans le métro est contre productif, explique Léo, membre de RAP. Et Kéolis, qui affirme s’engager dans une démarche d’exemplarité en matière de mobilité durable, fait installer ces supports particulièrement énergivores ». Selon le collectif, un seul écran consomme autant que deux familles.

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On pourrait néanmoins comprendre que le transporteur mise sur la publicité pour tenter de rattraper un peu du manque à gagner constitué par la fraude. Sauf que ce n’est pas le cas. « Kéolis nous a assuré que l’installation de ces 13 écrans venait d’une volonté de rajeunir et d’embellir les supports publicitaires de son réseau, la collectivité ne touche rien sur les recettes publicitaires », affirme Léo. Et c’est en effet ce qui figure noir sur blanc dans l’avenant que 20 Minutes a consulté : l’exploitation des panneaux par le titulaire « est exonérée de toute redevance annuelle ».

Une histoire de gros sous

Pour justifier cette « gratuité », il est précisé dans le texte que l’investissement de Clear Channel est « lourd », et qu’il sera réservé du temps de diffusion pour Transpole. Selon nos informations, il en coûterait 10.000 euros (HT) pour un panneau posé, donc environ 130.000 euros pour le cas qui nous intéresse.

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Un prix élevé, certes, mais à relativiser au regard de ce que cela peut rapporter. Dans son catalogue, un concurrent de Clear Channel propose aux annonceurs un tarif de 17.730 euros pour un spot de dix secondes affiché sur un seul panneau numérique aux quatre tranches horaires pendant 52 semaines. Soit, un chiffre d’affaires de plus de 230.000 euros pour 13 panneaux.

Pourquoi la société Kéolis s’est-elle volontairement coupée d’une telle manne financière, même si elle n’aurait empoché qu’un pourcentage des ventes publicitaires ? Contacté, le délégataire de service public n’a pas souhaité s’exprimer, à l’instar de Clear Channel.