Ces entrepreneurs nordistes qui parient (à nouveau) sur le textile

EMPLOI Les projets se multiplient dans le secteur textile des Hauts-de-France, qui tourne la page des années noires...

Olivier Aballain

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Une vareuse de la collection Grain du Nord

Une vareuse de la collection Grain du Nord — Grain du Nord

  • Le secteur textile emploie encore 14.000 salariés dans les Hauts-de-France
  • De nombreux projets de développement voient le jour, aidés par le succès du Made in France

Les beaux jours du textile sont peut être de retour dans les Hauts-de-France. Le secteur, qui emploie encore environ 14.000 salariés, fourmille de projets comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. Au point que certains ont même du mal à trouver suffisamment de salariés à recruter.

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Ainsi le fabricant de sous-vêtements Lemahieu se fait-il accompagner pour former une dizaine de nouveaux salariés en deux mois. L’entreprise, qui fête ses 70 ans d’activité, emploie 95 salariés et recherche un total de quinze couturiers et couturières pour accompagner son développement.

Le « Made in France », succès régional

Le succès du « Made in France » explique en partie cette bonne santé, qui s’est traduite, chez Lemahieu, par une croissance des ventes de 11 % en 2016. « Le ministre qui posait en marinière (Arnaud Montebourg) a eu un effet positif, mais il y a aussi l’innovation et l’action combinée de certains acteurs », explique Olivier Diers, co-dirigeant de Lemahieu.

L’industriel cite notamment les entrepreneurs culottés du Slip Français, qui ont su valoriser le savoir-faire de Lemahieu, leur fournisseur, tout en communiquant aussi sur la dernière innovation, les sous-vêtements « enrichis » en cosmétiques.

Cet appétit pour le « fabriqué localement » est d’ailleurs ce qui a décidé Léopold Rigaut, jeune salarié de l’école de management lilloise Ieseg, à tenter l’aventure du textile. Amateur de voile, il a conçu une vareuse fabriquée à 100 % dans les Hauts-de-France, aux ateliers de l’Audomarrois.

Il lui reste deux semaines pour boucler, sur un site de financement participatif, la récolte de fonds nécessaire à sa première collection (9.000 euros). « Ce n’est pas facile de se lancer, mais finalement j’ai trouvé beaucoup de gens qui veulent fabriquer dans la région ».

« On est sortis des années noires »

Les jeunes créateurs de No. Co ont mis, eux, plus de deux ans à aboutir. Tous les quatre sortis de l’école d’art appliqué de Roubaix (Esaat), ils ont lancé en début d’année leur marque de T-shirts tendance dessinés et entièrement fabriqués dans la région. « Le T-Shirt vient de chez Lemahieu, les rubans de Comines, les consommables [motifs qui décorent les T-shirts] de Tourcoing… », décrit Anaïs Defever, qui assume la fonction de directrice artistique, dans la bande des 4.

Faute de financement direct, ce sont les aides parapubliques qui ont été « déterminantes » (BGE, CLAP) pour lancer le projet No-Co. Mais ils y croient et espèrent décliner bientôt, eux aussi, une gamme plus fournie.

« On sent bien, depuis trois ans, qu’on est sortis des années noires », commente Jean-Dominique Aublin, de l’Union des industries textiles du Nord. « L’effet du made in France a l’air durable, l’innovation existe. Les projets de développement sont là, et les recrutements aussi. »