Attentat à Manchester: «En touchant des enfants, les terroristes veulent traumatiser encore davantage l’opinion publique»

INTERVIEW Alain Rodier, directeur auprès du chef du Centre Français de Recherche sur le renseignement (CF2R) analyse le choix de ce pays et de ce lieu par les terroristes…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Une spectatrice du concert après lequel a eu lieu un attentat à Mnachester le 22/05/2017.Credit:Dan Rowlands/Mercury Pres/SIPA

Une spectatrice du concert après lequel a eu lieu un attentat à Mnachester le 22/05/2017.Credit:Dan Rowlands/Mercury Pres/SIPA — SIPA

  • La Grande-Bretagne vit sous une menace terroriste très élevée depuis plusieurs années.
  • Une attaque terroriste a ciblé lundi soir les abords de la salle de concert de Manchester pour faire un maximum de victimes.
  • En touchant des enfants, les terroristes savaient qu’ils allaient traumatiser encore davantage l’opinion publique.

Pourquoi la Grande-Bretagne a-t-elle encore été visée ? Les adolescents étaient-ils particulièrement ciblés par les terroristes ? Les questions fusent après la puissante explosion qui a eu lieu lundi dans le foyer de la Manchester Arena, à la fin du concert de la chanteuse Ariana Grande et qui a fait pour l’heure 22 morts et une soixantaine de blessés. Un attentat revendiqué à la mi-journée par l’Etat islamique. Alain Rodier, directeur auprès du chef du Centre Français de Recherche sur le renseignement (CF2R), analyse le choix de ces cibles par les terroristes.

 

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C’est le deuxième attentat qui vise la Grande-Bretagne cette année (après celui de Londres du 22 mars). Ce pays est-il particulièrement dans la ligne de mire des terroristes ?

Comme les autres pays européens participant directement ou indirectement à la coalition anti-Daesh, la Grande-Bretagne est une cible privilégiée pour les terroristes. Outre le fait qu’elle lutte contre le califat, Daesh la considère aussi comme étant une terre de mécréants. D’ailleurs début mars, Scotland Yard avait annoncé que les services de sécurité britanniques avaient déjoué treize tentatives d’attentat terroriste depuis juin 2013. Ce qui prouve que le pays était en état d’alerte terroriste très élevé. N’oublions pas aussi que le 17 mai dernier, Daesh a mis en ligne une vidéo appelant ses adeptes à perpétrer des attentats chez eux.

Cependant, il faut rappeler que les premières cibles des terroristes demeurent les pays musulmans (Pakistan, Afghanistan, Syrie, Irak). Mais les attentats qui y sont commis sont moins relayés médiatiquement que lorsque l’on touche à un pays occidental.

Le choix de Manchester, troisième ville du pays, est-il symbolique ?

Je ne crois pas. Je pense que les terroristes ont surtout cherché un endroit réunissant beaucoup de monde pour faire un maximum de victimes. Et peut-être ont-ils opté pour Manchester, car la ville est un peu moins protégée que Londres.

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Les enfants et les adolescents ont-ils été délibérément ciblés par les terroristes ?

Dans la propagande de Daesh, je n’ai lu aucun appel à tuer particulièrement des enfants. Les terroristes ont surtout voulu atteindre le plus de personnes possible. Cela aurait pu arriver lors d’un match de foot. Mais en visant, l’une des plus grandes salles de concert d’Europe, ils avaient l’assurance de tuer et de blesser beaucoup de monde. Cela dit on ne peut nier qu’en touchant des enfants, les terroristes savaient qu’ils allaient traumatiser encore davantage l’opinion publique.

Mais viser les spectateurs d’un concert comme au Bataclan n’a rien du hasard…

Oui, la musique est prohibée par les djihadistes, car ils considèrent qu’elle distrait de l’adoration de dieu. Ce qui est un comble, puisque dans leurs vidéos de propagande, ils utilisent de la musique.

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Que pouvez-vous dire du ou des auteurs de cet attentat ?

Lorsqu’un attentat djihadiste cible un pays européen, il est soit commis par un activiste solitaire implanté en Occident, inspiré par la « prose » djihadiste, qui décide de passer à l’action sans en référer à une autorité. C’était le cas pour l’attentat de Londres. Soit il est perpétré par un réseau plus organisé, composé par des personnes revenues des terrains de guerre, qui ont accès à des armes plus sophistiquées. Pour l’attentat de Manchester, même s’il faut rester prudent en l’absence d’informations supplémentaires, il semblerait qu’il s’agisse du deuxième cas de figure, à savoir d’un réseau qui aurait imaginé cette attaque. Car pour fabriquer une bombe de cette force, il faut avoir été artificier sur un théâtre de guerre. Mais cela ne veut pas dire que le réseau comporte beaucoup de personnes, 4 ou 5 suffisent.

La Grande-Bretagne a-t-elle suffisamment renforcé son dispositif sécuritaire ?

Oui. A la suite des attentats de novembre 2015 en France, la police avait annoncé le déploiement de 600 policiers armés supplémentaires à Londres, portant leur nombre à 2.800. Et après l’attentat de Londres, le dispositif a été encore renforcé. Mais le risque zéro n’existe pas et il y a beaucoup trop de sites à risques à protéger. Et la Grande-Bretagne est en train de renforcer le renseignement humain, qui était en perte de vitesse dans le pays ces dernières années, comme chez nous d’ailleurs.

Deux attentats en trois mois. La Grande-Bretagne va-t-elle être durablement ébranlée par ces drames ?

Il y aura forcément une période de sidération et de choc traumatique éprouvée par l’opinion publique. Mais les Britanniques sont un peuple remarquable qui a démontré à plusieurs reprises dans l’histoire, sa capacité de résilience. Je ne doute pas qu’après une période de deuil, ils vont se remettre à vivre normalement et peut-être même doublement.