Otages tués au Mali: Aux Invalides, les familles se rappellent au bon souvenir de l’État

TERRORISME Une plaque en souvenir de Vincent Delory et Antoine de Léocour a été dévoilée ce vendredi dans le jardin des Invalides, à Paris…

Olivier Aballain

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La stèle dévoilée au jardin des Invalides

La stèle dévoilée au jardin des Invalides — AFVT

  • Une stèle en hommage aux deux jeunes Nordistes tués en 2011 au Mali était dévoilée le 20 avril aux Invalides
  • Ils ont été tués lors de l'opération militaire censée les libérer, au lendemain de leur enlèvement à Niamey (Niger)
  • Les familles des victimes apprécient le symbole, mais aimeraient que l'État assume pleinement le choix d'une intervention risquée

La Nation s’en souviendra. Mais les familles estiment que l’État n’a pas tenu sa promesse. Aux Invalides, le dévoilement, ce vendredi après-midi, d’une plaque en souvenir d’Antoine de Léocour et de Vincent Delory, a une valeur symbolique à double tranchant.

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Les deux Nordistes sont morts le 8 janvier 2011, à 25 ans, au cours de l’opération de l’armée française censée les libérer. Pris en otage la veille à Niamey, au Niger, par un commando affilié aux troupes du djihadiste Mokhtar Belmokhtar, les deux copains de Linselles ont bien, officiellement, le statut de victimes du terrorisme : c’est écrit sur la plaque dévoilée dans le jardin des Invalides.

« Reconnaissance importante », mais…

« Pour les familles, c’est une reconnaissance importante, dans un lieu symbolique, qui montre que les victimes ne seront pas oubliées, même après des années et des années », explique Jérémy Bridier, de l’association française des victimes du terrorisme (AFVT).

Le « symbole » compte pour Annabelle Delory, l’une des sœurs de Vincent. Mais elle reste persuadée que « si [son frère et Antoine de Léocour] avaient été journalistes ou fils de ministre, l’armée n’aurait pas déclenché une intervention aussi risquée ». Elle regrette aussi que le texte du souvenir ne soit pas plus précis sur le rôle de l’armée française. « Nous n’accusons personne, mais ils ont été sacrifiés pour une cause nationale, et nous voulons que ce soit reconnu. »

Me Antoine Casubolo-Ferro, avocat de la famille De Léocour, appuie l’argument. « Si ce déchaînement de violence, avec des victimes collatérales, a été déclenché pour montrer qu’on ne laisserait plus capturer des Français, il faut le reconnaître. »

Zones d’ombre et niet du général

Les gouvernements successifs (sous Nicolas Sarkozy, puis François Hollande) ont promis que l’État ferait « toute la vérité » sur les circonstances de l’intervention. Mais certaines zones d’ombre demeurent. « Le juge a refusé d’élargir l’enquête à l’intervention elle-même, il tient à se limiter aux faits de terrorisme », explique Me Casubolo-Ferro.

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L’extension aux faits d’homicide involontaire, en particulier, est refusée. L’avocat a demandé que le chef d’état-major particulier du président Sarkozy, Benoît Puga (maintenu dans ses fonctions par François Hollande jusqu’en juillet 2016), soit entendu sur le déclenchement de l’opération. « Il n’a jamais voulu. »

La Légion d’Honneur a également été refusée à Vincent Delory, au motif qu’elle ne peut être attribuée à titre posthume que dans le mois qui suit le décès. Depuis septembre 2016, le « grand chancelier » qui préside le conseil de la Légion, lequel délibère sur les demandes de décoration, est le général Benoît Puga.

Les deux familles seront reçues par le président de la République François Hollande, mercredi 26 avril.