Présidentielle: Les patrons peuvent-ils influencer le résultat de l’élection?

POLITIQUE Certains chefs d’entreprise ne se privent pas de communiquer auprès de leurs salariés pour les mettre en garde sur l’issue du scrutin…

Mikael Libert

— 

Les patrons peuvent-ils influencer le vote de leurs salariés ?

Les patrons peuvent-ils influencer le vote de leurs salariés ? — Nicolas Tucat AFP

  • Le patron de Devianne à lui aussi écrit à ses salariés
  • Le Medef régional parle de « pédagogie » de l’entreprise
  • C’est une incursion dans la vie privée pour certains salariés

Du paternalisme électoral. D’après nos informations, les cas des chefs d’entreprise qui s’adressent à leurs salariés pour leur suggérer, plus ou moins clairement, une orientation de leur vote pour l’élection présidentielle ne sont pas isolés. Après le patron de Holder et celui de Poujoulat, c’est une missive de Joël Toulemonde (Verywear, Devianne) que 20 Minutes a pu se procurer.

Dans son courrier, envoyé ce mardi, Joël Toulemonde, président de Verywear, s’adresse à ses 1.000 employés « en tant qu’homme, citoyen et votre chef d’entreprise ». Il invite ses collaborateurs, malgré leur « colère contre la classe politique » à « garder raison » en « évitant les extrêmes » et « choisir un candidat raisonnable ». « Nous ne pouvons pas nous laisser gouverner par des candidats fonctionnant sur […] l’abandon de l’Europe, l’augmentation des prélèvements sociaux et fiscaux », argumente-t-il.

« Comment un PDG peut s’immiscer dans nos vies ? »

« Nous sommes extrêmement choqués, comment un PDG peut s’immiscer dans nos vies et dicter notre façon de vivre ? », s’est indigné la salariée de Devianne qui a transmis à 20 Minutes l’objet de la discorde.

>> A lire aussi : L'étrange courrier d'un patron à ses salariés avant le premier tour

« Je voulais simplement inviter les salariés à bien réfléchir avant de glisser leur bulletin dans l’urne et à faire leur choix de la manière la plus éclairée possible tout en les laissant libres, explique à 20 Minutes Joël Toulemende. Nous avons eu des débats entre chefs d’entreprise. Certains considèrent que l’on n’a pas à s’exprimer. Moi, je considère cela comme un devoir. »

« Faire de la pédagogie »

Le point de vue du président de Verywear est largement partagé par Frédéric Motte, lui aussi chef d’entreprise et président du Medef des Hauts-de-France. « J’ai moi-même pris position, tout comme un certain nombre de patrons, notamment vis-à-vis de l’Euro. Le rôle d’un chef, c’est aussi de faire la pédagogie de l’entreprise. Il n’y a rien de choquant là-dedans », assure le patron des patrons nordistes.

>> A lire aussi : Le patron des boulangeries Paul votera Fillon «en tant qu’ambassadeur de ses salariés»

Interrogé par 20 Minutes, jeudi, le président du directoire de Poujoulat, lui aussi auteur d’une lettre à ses salariés, avait déclaré : « Ce ne sont pas mes 1.500 collaborateurs qui pourront influencer le scrutin dans un sens ou dans l’autre ». Une affirmation relativisée par l’avocat en droit du travail Ioannis Kapopoulos : « A l’échelle d’une seule entreprise, cette influence est négligeable. Mais imaginez que tous les patrons de France fassent la même chose... »

Une hypothèse loin d’être aussi farfelue qu’elle pourrait le sembler. « Certains chefs d’entreprise m’ont dit que j’étais couillu d’avoir envoyé ce courrier. D’autres l’ont pris à leur compte en le signant de leur nom pour l’envoyer à leurs collaborateurs », revendique Joël Toulemonde.