Présidentielle: L'étrange courrier d'un patron à ses salariés avant le premier tour

POLÉMIQUE Le président du directoire du groupe Poujoulat a envoyé un courrier à tous ses employés six jours avant le premier tour de la présidentielle…

Mikael Libert

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Le premier tour de l'élection présidentielle a lieu dimanche 23 avril (illustration).

Le premier tour de l'élection présidentielle a lieu dimanche 23 avril (illustration). — M.Libert / 20 Minutes

  • Un courrier du patron invite ses salariés à bien réfléchir avant de voter au 1er tour
  • Le syndicat CGT dénonce, entre autres, le chantage à l’emploi
  • Une démarche inappropriée mais pas illégale selon un avocat

Je dis ça, je dis rien. L’ensemble des salariés du groupe de Poujoulat a reçu, mardi, une lettre signée de la main du président du directoire du « leader européen de la fumisterie », Frédéric Coirier. Dans cette missive, que 20 Minutes s’est procurée, le patron invite ses employés faire « le choix de la responsabilité » lorsqu’ils iront voter, dimanche, lors du premier tour de l’ élection présidentielle.

« Tout en sous-entendus »

Pour Julien Cardon, délégué syndical CGT de WestaFlex, filiale tourquennoise du groupe, la démarche de son patron est tout simplement inacceptable. « L’entreprise doit rester l’entreprise. La politique n’a rien à faire là-dedans », fulmine-t-il. Le salarié reconnaît néanmoins qu’il n’y a aucune consigne de vote claire dans le courrier. « C’est tout en sous-entendus. Avec ses arguments, si l’on procède par élimination, on voit très bien où Mr. Coirier veut en venir. Il nous invite à voter correctement selon son point de vue », assure-t-il.

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Les élections « auront des répercussions importantes sur […] nos entreprises, donc vos emplois », peut-on lire dans la lettre. « L’Europe n’est pas parfaite […] mais elle constitue un immense marché dont le groupe Poujoulat bénéficie. » S’ensuit un passage évoquant un pays qui « croule déjà sous la dette », la réduction des dépenses de l’Etat et la compétitivité des entreprises.

« Je ne défends pas un candidat mais l’entreprise »

« Je parle d’économie, de conjoncture et d’enjeux, pas de politique, rétorque Frédéric Coiriez. Notre groupe dépend du marché européen, se couper de l’Europe serait très négatif pour nous. Idem si on laisse filer la dépense publique ce qui induirait davantage de charges pour les entreprises. Je ne défends pas un candidat mais l’entreprise », insiste-t-il.

« C’est une démarche inappropriée mais pas illégale, estime pour sa part l’avocat nordiste Ioannis Kapopoulos, spécialiste en droit du travail. Le courrier est bien fait, il évoque le secteur d’activité de l’entreprise même si on sent une volonté de sensibiliser à autre chose. Il suffit de compter le nombre de paragraphes consacrés à la situation du groupe et ceux consacrés à parler de l’élection », ajoute-t-il.