Sa « Lettre aux escrocs de l’islamophobie » provoque-t-elle des inquiétudes ? La lecture-spectacle montée par le comédien metteur en scène nordiste Gérald Dumont vient d’être annulée dans une salle lilloise par crainte de débordements.

Elle a aussi été refusée par deux salles du Festival off d’Avignon, mais pour des raisons artistiques, selon les responsables de la programmation.

Texte posthume de Charb

Tiré d’un texte posthume de Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes n’a pas été joué le 21 mars, à l’Antre-2, une petite salle d’environ 100 spectateurs installée au sein de l’université de Lille-2. Ce texte avait été publié après la mort du dessinateur Charb dans la tuerie qui a fait 12 morts au siège de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

Gérald Dumont et la directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo, Marika Bret, ont dénoncé une « censure sécuritaire ». « Ma philosophie c’est d’ouvrir les portes, s’est défendu le président de Lille-2 Xavier Vandendriessche dans La Voix du Nord. Mais j’ai craint les débordements, le climat et l’ambiance sont si lourds (…) Je sais qu’on est un peu complice en agissant de la sorte et ça m’emmerde, mais j’ai préféré annuler ou plutôt reporter. »

« Censure sécuritaire »

Pourtant, le comédien nordiste a déjà présenté ce spectacle une quinzaine de fois en public. La dernière fois, c’était il y a un mois, à la médiathèque de Villeneuve d’Ascq. « Il n’y a jamais eu de problèmes. Parfois des débats vifs après. Mais c’est normal, c’est fait pour ça », raconte Gérald Dumont qui doit aussi subir une nouvelle déprogrammation, le 2 mai, cette fois de la part de la Ligue des Droits de l’homme (LDH) de Lille.

Selon La Voix du Nord, le conseil régional des Hauts-de-France se dit prêt à mettre à disposition une salle à cette même date. La LDH de Lille, de son côté, « met en garde contre toute tentative d’instrumentalisation d’une œuvre ».

culturelle contre les libertés

Marika Bret espérait également fêter les 25 ans de Charlie Hebdo en Avignon avec ce spectacle et des débats, à l’occasion du Festival cet été. L’événement a été proposé à deux théâtres, l’Entrepôt et la Manufacture, qui l’ont refusé.

>> A lire aussi : Le maire de Tourcoing nie avoir cédé au communautarisme pour le festival «Boudin & Chansons»

Dans une lettre envoyée à la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, aux élus des régions Hauts de France et Paca, ainsi qu’à plusieurs directeurs de théâtres, Marika Bret et le metteur en scène dénoncent une « censure sécuritaire ».

Des doutes sur la qualité artistique

« Ce spectacle n’a pas été déprogrammé, il n’a tout simplement pas été retenu », explique à l’AFP Pascal Keiser, directeur de La Manufacture à Avignon. « Le dossier du spectacle était très succinct, trois pages, pas de vidéo, et nous n’avions pas de possibilité d’aller le voir. Nous avions des doutes sur la qualité artistique du spectacle (…) On n’allait pas faire du Charlie pour faire du Charlie, pour le buzz. »

Même explication du côté de L’Entrepôt. « Je ne vois pas en quoi on doit se justifier de ne pas retenir un spectacle », répond la directrice Michèle Addala. « Nous n’avons jamais eu de retour malgré de nombreuses relances », confirme Gérald Dumont qui estime qu’il y a sans doute « une pression et des enjeux politiques ».