Lille: Les avocats testent un logiciel de «justice prédictive»

JUSTICE Développé par une start-up parisienne, l’algorithme permet d’anticiper les décisions de justice selon la jurisprudence…

Mikael Libert

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Illustration justice.

Illustration justice. — M.LIBERT/20 MINUTES

La Madame Irma des avocats. Une start-up basée à Paris développe un logiciel basé sur un algorithme qui permet, sinon de prédire, au moins d’anticiper les décisions de justice en exploitant l’immense base de données constituée par la jurisprudence.

Le bâtonnier Stéphane Dhonte, patron des avocats lillois, a proposé que son barreau teste « Predictice ».

Gagner un temps précieux

Cela fait un peu plus d’un an que Louis Larret-Chahine, élève avocat au barreau de Paris, bosse sur Predictice, une solution d’intelligence collaborative au service du Droit. « Tenter de prédire une décision de justice en se basant sur le droit et la jurisprudence, c’est le travail d’un avocat, explique-t-il. Mais cela est souvent très long. »

Car cette fameuse jurisprudence, qui constitue l’ensemble des décisions de justice sur une question juridique donnée, est très fournie. « Avec notre solution, l’avocat entre les données de son dossier dans la barre de recherche et Predictice lui sort un panel de jurisprudences similaires », poursuit le fondateur de la société.

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« Ce type de recherches pouvait facilement prendre plusieurs heures avant », assure Stéphane Dhonte. Enthousiasmé par le potentiel de l’outil, le bâtonnier a quand même dû convaincre ses collègues : « Il faut tuer tout de suite le fantasme, ça ne remplacera pas les avocats dont les analyses ne peuvent être automatisées ». Pour lui, il s’agit plutôt d’un outil stratégique : « Le défenseur peut, entre autres, voir quelle juridiction sera la plus encline à rendre une décision favorable à son client. »

L’éthique exclut le droit pénal

« Dans certains dossiers où des indemnités sont en jeu, Predictice est d’une aide précieuse à la négociation », renchérit Louis Larret-Chahine. Seul le droit pénal n’est pas pris en compte par le logiciel. « C’est une question éthique, on ne veut pas savoir dans quelle juridiction un pédophile risque le moins d’années de prison. »

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Depuis vendredi, une trentaine d’avocats de 15 cabinets lillois ont entamé une première phase de test qui doit durer six semaines, mais aucune date n’est arrêtée pour la mise en service. Inutile de chercher, l’outil n’est disponible que pour les professionnels.