Christian Sergheraert
Président de l'université de Lille-II (droit et santé).
Partagez-vous les critiques de certains de vos étudiants sur la loi Pécresse ?
Je suis d'accord lorsque l'on dit que sans moyens supplémentaires, il sera impossible de réformer efficacement l'université française. Mais je fais un constat : l'université française fonctionne mal actuellement. Certaines dispositions de la loi vont plutôt dans le bon sens.
Pourriez-vous nous dire lesquelles ?
L'université manque de flexibilité, de réactivité. Par exemple, le recrutement d'un enseignant après un départ à la retraite prend douze à dix-huit mois, car il faut passer par un processus, des commissions, c'est assez lourd. En simplifiant la procédure, la loi nous fera gagner du temps. Ce sera vrai aussi pour adapter l'offre de formation. Actuellement, il faut au moins deux ans pour modifier une filière qui perd de l'intérêt, ou créer de nouvelles formations. La loi va donner à la présidence des universités la possibilité de s'adapter plus vite, voire d'expérimenter un peu.
Ce transfert de pouvoir aux présidents est critiqué par des détracteurs de la loi...
La loi accélère la prise de décision. Mais le président ne décidera pas seul, il y aura des experts extérieurs et les décisions seront prises au conseil d'administration.
L'appel aux fonds privés ne vous inquiète pas ?
La création de fondations nous apportera quelques millions d'euros sur un budget de plus de cent millions, cela ne changera pas grand-chose. Il faut savoir qu'à Lille-II, 30 % de nos ressources proviennent déjà de contrats de services avec les entreprises. La réforme permet d'utiliser ces ressources et celles de l'Etat de façon plus souple.
Et pour les universités littéraires, qui s'inquiètent de voir leurs ressources conditionnées à une bonne évaluation ?
C'est évidemment plus difficile. Mais il y a de la recherche aussi en sciences humaines, et des critères d'évaluation sur le nombre d'étudiants qui bouclent une formation. Le drame, pour moi, est de voir un étudiant sortir de l'université sans diplôme. Il faut tout faire pour éviter cela.
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