Elles sont venues dire au revoir aux copines. A quelques exceptions près, les 147 couturières de l'usine Ecce (prêt-à-porter haut de gamme) de Poix-du-Nord étaient hier, derrière leur machine pour le dernier jour d'activité avant la délocalisation en Pologne. Si une cinquantaine de petites mains ont été reclassées dans un atelier de Prouvy, à 30 kilomètres de là, les autres se retrouvent sur le carreau.
Comme Annick, une blonde pimpante arrivée la dernière dans l'usine : « C'est déjà mon troisième licenciement, s'amuse-t-elle. On va chercher ailleurs. » Le fer à repasser à la main, Nadine, sa voisine, réagit : « Parce que tu crois qu'il y a du boulot dans l'Avesnois ! » A voix basse, Marie-Hélène Bourlard, la déléguée CGT, confirme : « Le pire, c'est que la plupart des maris sont déjà au chômage. »
A l'atelier découpe, Marie-Hélène (32 ans d'usine) en a pris conscience lundi. Ce jour-là, elle n'a pas déjeuné à la cantine avec son mari Michel, comme ils le faisaient depuis dix ans. Elle a été reclassée à Prouvy, pas lui... Derrière un portant de vestes Kenzo dont le prix à l'unité avoisine un mois de salaire, se tient un conciliabule. Une dizaine d'ouvrières attendent de recevoir leur solde de tout compte des mains même du patron. Gisèle (31 ans d'usine), écrase une larme. « A quoi ça sert de chercher ailleurs ? » Sur le mur, une affiche de la direction propose un atelier. Le thème ? Apprendre à rédiger son CV.