Le lycée privé musulman Averroès, dans le quartier sensible de Lille-Sud, a obtenu 100% de réussite au baccalauréat en 2013.
Le lycée privé musulman Averroès, dans le quartier sensible de Lille-Sud, a obtenu 100% de réussite au baccalauréat en 2013. - M.LIBERT/20 MINUTES

Après la diffamation non publique, la diffamation tout court. Le tribunal correctionnel de Nanterre jugeait, mardi, Sofiane Zitouni, un ex-enseignant d’un lycée musulman de Lille. Ce dernier est poursuivi pour avoir publié plusieurs articles qui faisaient état de dérives islamistes au sein de l’établissement.

Le fonctionnement d’Averroes en question

Le procureur a requis la relaxe. Mais la décision du tribunal a été mise en délibéré. « C’est de la polémique, pas de la diffamation. Sans ça, il n’y a plus possibilité de s’exprimer », a estimé le procureur adjoint, Lionel Bounan.

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Lors d’une audience de près de dix heures, les débats ont largement porté, au-delà des simples écrits litigieux, à la fois sur le fonctionnement de l’établissement confessionnel sous contrat avec l’Etat et celui de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), dont le président, Amar Lasfar, est également à la tête de l’association Averroes, laquelle chapeaute le lycée du même nom.

« Confusion entre religion et éducation nationale »

L’ex-enseignant en philosophie, Sofiane Zitouni, avait publié deux tribunes à la suite des attentats de janvier 2015, dans lesquelles il affirmait que « le lycée Averroes (était) un territoire musulman » dans lequel était diffusé « de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme ».

« Je n’avais jamais vu une telle confusion entre religion et éducation nationale », a expliqué à la barre Sofiane Zitouni, qui exerce aujourd’hui dans un établissement catholique.

« Des mécènes de l’ombre »

« Il y a un réel projet politique de créer de plus en plus d’établissements estampillés UOIF qui vont proposer cette conception de l’islam. J’ai voulu exprimer publiquement cette opinion pour participer à un débat public d’intérêt général », a-t-il poursuivi, en évoquant par ailleurs des « mécènes de l’ombre » pour financer l’établissement.

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Mohamed Louizi, qui a appartenu de l’âge de 13 à 28 ans aux Frères musulmans, a également dénoncé un double discours, modéré devant les médias mais fondamentaliste dans la pratique.

« Ce double discours (…), cela aurait donc échappé à tous les responsables politiques avec qui j’ai travaillé pendant trente ans ? », a ironisé le président de l’association Averroes, Amar Lasfar, qui réclame un euro symbolique de dommages et intérêts.

Déjà condamné pour diffamation non publique

Le procureur a, en revanche, retenu la diffamation contre un deuxième prévenu, Mohamed Louizi, un ancien proche de la direction du lycée. Il avait écrit six textes sur un blog en reprenant les critiques contre l’établissement, en faisant état de « menaces » et d'« enfants pris en otage avec un seul discours idéologique ».

A la suite de l’affaire des tribunes dans Libération, le rectorat avait par ailleurs rédigé un rapport d’inspection, dans lequel il estimait que, si le lycée respectait « globalement » les termes de son contrat avec l’Etat, il existait toutefois une confusion entre l’enseignement d'« éthique musulmane » et la philosophie.

En mai, la cour d’appel de Douai avait condamné Sofiane Zitouni pour une autre affaire de diffamation non publique, sur la base de courriels envoyés à plusieurs de ses collègues. L’enseignant a formé un pourvoi en cassation.

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